En Côte d’Ivoire, la ville balnéaire de Grand-Bassam, située à une trentaine de kilomètres d’Abidjan, s’agite depuis plusieurs semaines. Habitants, commerçants et artisans se mobilisent pour accueillir les dizaines de milliers de visiteurs attendus à partir du 25 octobre, date du lancement de la fête de l’Abissa — le nouvel an du peuple N’Zima Kôtôkô.
Deux semaines de festivités plongent la ville dans une atmosphère de ferveur collective. Sur les chantiers, les ouvriers achèvent l’installation d’infrastructures provisoires près du palais royal, où se concentrent les danses rituelles, de célébration et de cohésion. Binlin Ndamoulé, président de la Commission Tradition et Valorisation culturelle de l’Abissa, observe cette transformation : « On sent la frénésie. Habituellement quand on vient, c’est calme. Mais à tous les coins de rue, des petites constructions sont en train d’être faites. »
Pour les commerçants de la ville, l’Abissa représente bien plus qu’une célébration culturelle — c’est une opportunité économique majeure. Jean Ndouba Kouamé, vendeur au quartier France, décrit l’impact : « C’est un grand moment pour nous parce que tous les commerçants arrivent à s’en sortir. Peu importe ce que tu vends, ça va marcher. » Il chiffre précisément l’augmentation : un commerçant ayant l’habitude de générer 50 000 francs CFA mensuels peut atteindre près de 350 000 francs CFA en une seule semaine — soit une multiplication par cinq du chiffre d’affaires.
Les pagnes traditionnels occupent une place centrale dans les festivités. Chaque année, un modèle spécial est créé pour le festival, intégrant les symboles des sept familles composant le peuple N’Zima Kôtôkô. Pour 2026, les créateurs ont choisi des tons de bleu et incorporé les attributs traditionnels de ces familles. Dédé Kouamé Jean-Jacques, l’un des fournisseurs de pagnes officiels, rapporte des chiffres éloquents : « On peut vendre de 300 000 à 400 000 francs CFA par jour. Une année, j’ai même vendu plus de 1 400 000 francs CFA en une journée seulement. » Bien que le port du pagne ne soit pas obligatoire, son attrait est indéniable auprès des festivaliers qui souhaitent honorer l’occasion.
L’Abissa conjugue esthétique et rituels : vêtus de leurs pagnes, les participants se maquillent de kaolin selon la tradition. Cette synergie entre héritage immatériel et commerce local fait de la fête un pilier économique et culturel pour Grand-Bassam. À quatre semaines du coup d’envoi, la ville s’impatiente de célébrer ce moment que ses habitants qualifient de sacré.
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