La 29e édition du Festival des musiques sacrées de Fès s’est déroulée en juin 2026 sous le signe de l’héritage artisanal et de la transmission culturelle. Cet événement marocain, rendez-vous majeur des traditions musicales et spirituelles internationales, a placé cette année les Mâalemines — les gardiens du geste et du patrimoine — au cœur d’une grande fresque musicale et chorégraphique traversant la médina jusqu’aux confins de l’Orient et de l’Asie.
Le festival a honoré la minutie du maître-artisan, ce souci du détail et cette répétition du geste que partagent musiciens, danseurs et créateurs. Cette approche a guidé les créations et performances présentées dans les espaces emblématiques de la ville : palais historiques, jardins et ruelles de la médina.
Des voix et des traditions de quatre continents
Parmi les artistes invités, Sanam Marvi, chanteuse pakistanaise reconnue pour son interprétation du chant soufi au féminin, a partagé son approche du patrimoine spirituel et du Sama — l’audition mystique propre à la tradition soufie. Le chanteur soufi Sami Yussuf, figure habituelle du festival, a rencontré un accueil enthousiaste du public marocain.
La danse occupait une place centrale. Chap Chamroeunmina, danseuse étoile du ballet royal khmer du Cambodge, s’est exprimée au sein de la maison Dar Adiyel, évoquant les rituels sacrés liés à ces tableaux dansés. Dans les jardins de Jnane Sbil, les frères Kanybekov ont initié le public au komuz, ce luth à manche long d’Asie centrale emblématique de la musique kirghize, dont la technique de jeu ressemble à une danse.
Dafné Kritharas, artiste franco-grecque, a participé à Anima Ex Materia, la création d’ouverture du festival, en collaborant avec d’autres interprètes. La danseuse tzigane Cécil Ka figurait également au programme.
Explorer la médina par la musique
Le saxophoniste et compositeur Léon Phal a guidé le public au cœur de la médina de Fès, explorant quelques-unes de ses 9 400 ruelles en compagnie de son guide Chakib. Cette immersion urbaine a permis de découvrir le temple des gardiens du geste mis à l’honneur. Léon Phal a profité de cette édition pour présenter son nouvel album, Bodies and Ideas, sorti lors du festival.
La direction artistique du festival, confiée à Alain Weber, a tissé les liens entre ces diverses traditions, transcontinentales et transculturelles, reflétant l’esprit du soufisme : la rencontre authentique entre les mondes musicaux et spirituels.
Plus qu’une succession de concerts, la 29e édition a proposé une réflexion sur la transmission, le métier et le respect de l’héritage — autant de valeurs chères aux artisans comme aux musiciens qui donnent forme à des traditions millénaires.
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