Le chanteur guinéen Takana Zion marque l’anniversaire de l’indépendance de son pays en sortant simultanément trois projets discographiques et en donnant un concert au stade Général Lansana Conté de Conakry, le 2 octobre 2026. Cette mobilisation artistique vise à célébrer le jour où, en 1958, la Guinée devenait le premier territoire d’Afrique francophone à accéder à l’indépendance.
Une sortie triple : reggae roots et afrobeats
L’album Few Words s’inscrit dans le registre reggae roots que Takana Zion cultive depuis ses débuts. Les volumes 10 et 11 de sa série Black Mafia explorent en revanche d’autres univers musicaux : l’afrobeats, la soul, le hip-hop et le dancehall. Cette variété reflète une approche artistique délibérée, où le chanteur alterne entre deux visions créatives sans les opposer.
Few Words a été conçu principalement en France, sous la direction du musicien Jason Wilson, qui en a assuré la réalisation et les arrangements. Le batteur a travaillé avec une équipe expérimentée pour enrichir les prémaquettes envoyées de Conakry. Plusieurs featurings complètent l’album, notamment avec l’artiste reggae caribéen Warrior King et le rappeur sénégalais Xuman, tous deux reconnus comme des figures majeures de la musique africaine.
L’héritage rasta et la spiritualité musicale
Few Words s’ouvre sur des extraits du Livre des Psaumes, confiés à la lecture des enfants de Takana Zion, un choix inspiré par les débuts de concert d’Alpha Blondy, autre légende du reggae guinéen. Le morceau « Hosanna » explore la dimension christique d’Haïlé Sélassié, figure centrale du mouvement rastafari, ainsi que les saints éthiopiens orthodoxes.
Musicalement, cet album reprend les codes du nyabinghi, un sous-genre du reggae aux origines anciennes. Takana Zion décrit cette tradition comme une « musique de purification et d’initiation à la spiritualité », visant à aider chacun à « aller à la rencontre de sa propre divinité ».
Deux univers, une cohérence affichée
Black Mafia 10 privilégie l’afrobeats et la soul, tandis que Black Mafia 11 explore le hip-hop et le dancehall. Cette bifurcation répond à une stratégie pédagogique explicite : adapter le langage musical au public visé pour transmettre un message. Takana Zion justifie cette approche en affirmant que la connaissance doit être transmise de manière à toucher les jeunes générations. « Si tu utilises le reggae, parfois ça les endort », explique-t-il, soulignant l’importance d’utiliser les « beats et les sons que les jeunes aiment ».
Le beatmaker ivoirien Mr Le Juif a participé à la production de ces deux volumes, apportant son expertise de la scène afrobeats actuelle.
Un parcours entre humilité et ambition
Révélé il y a vingt ans par l’album Zion Prophet, produit à Bamako par le Français Manjul, Takana Zion a construit une trajectoire distinctive. En juin 2025, il s’est produit à L’Olympia de Paris, rejoignant un cercle très restreint d’artistes guinéens à avoir foulé cette scène prestigieuse, aux côtés de Mory Kanté et Sekouba Bambino.
Au-delà de sa carrière de chanteur, Takana Zion collabore depuis plusieurs années comme batteur avec Alpha Blondy. Il organise également le Nimba Reggae Festival, dont la première édition s’est tenue en septembre 2025, attirant des figures majeures du reggae international comme Warrior King et, par le passé, Sizzla en 2015.
Cette fête de l’indépendance musicale traduit une ambition plus large : démontrer que la musique guinéenne, dans toute sa diversité, peut occuper une place centrale sur le continent et au-delà, sans renier ses racines ni son identité.
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