L’Afrique pourrait-elle cesser de dépendre des importations de carburant d’ici 2030 ? Cette question traverse le continent alors que se multiplient les investissements massifs dans le raffinage local. Aliko Dangote, homme d’affaires nigérian, a posé en septembre 2026 la première pierre de sa future raffinerie à Lamu, au Kenya, avec une capacité de production de 700 000 barils par jour.
Pour Dangote et d’autres industriels, la clé réside dans le raffinage sur place. Actuellement, l’Afrique produit environ cinq millions de barils de pétrole brut par jour, mais elle importe ensuite du carburant fini à un prix beaucoup plus élevé — une dynamique économique qui pénalise le continent. « Nous exportons des matières premières à peut-être 5 à 10 % de leur valeur finale, et nous nous retrouvons ensuite à acheter à 100 % de leur valeur », résumait Dangote en septembre 2026.
Capacités de raffinage : les chiffres et les projets
Pour que l’Afrique atteigne l’autosuffisance en carburants — répondre à toute la demande continentale —, elle aurait besoin de raffineries traitant plus de quatre millions de barils par jour. Aujourd’hui, cette capacité n’est pas encore réunie, mais les projets s’accélèrent.
La raffinerie Dangote de Lekki, au Nigeria, prévoit une extension d’ici fin 2028 et un doublement de sa production, pouvant atteindre environ 1,4 million de barils par jour. S’y ajoutent la future raffinerie de Lamu au Kenya, attendue dans deux ans et demi, ainsi que des améliorations de raffineries existantes et de nouveaux projets en Angola, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Tchad.
Charles Thiémélé, directeur Afrique chez le trader BGN, estime cette trajectoire réaliste. « Ces nouvelles capacités seront essentiellement dédiées à l’essence et au gasoil pour couvrir la majorité de la consommation locale, contrairement aux anciennes raffineries qui exportaient une part importante de leur production », explique-t-il. Selon lui, l’accumulation de ces projets crée les conditions pour une autosuffisance en 2030.
Rendement et composition des produits
Un élément crucial concerne le rendement réel des raffineries. À Lekki, au Nigeria, Dangote prévoit que le diesel et l’essence représenteront 61 % de sa production. Sur 700 000 barils par jour, ces volumes devraient théoriquement suffire à l’autosuffisance du Nigeria, mais cette capacité reste inutilisée en pratique, faute d’infrastructure adaptée.
Deux défis majeurs : logistique et compétitivité
Le premier obstacle est logistique. Acheminer et stocker les volumes produits demande des investissements dans les réseaux de distribution. Actuellement, les produits raffinés transitent essentiellement par camion — un mode inefficace et coûteux. Thiémélé préconise des améliorations : développer les pipelines, augmenter les capacités de stockage — déficitaires dans la majorité des pays — et améliorer l’approvisionnement des pays enclavés. Ces investissements réduiraient aussi les coûts et la pollution.
Le second défi est économique. Pour que les carburants raffinés en Afrique puissent rivaliser avec les produits importés, les prix doivent rester compétitifs. C’est pourquoi Thiémélé souligne l’importance d’optimiser les réseaux existants et de développer des capacités de transformation efficaces.
Une stratégie de souveraineté énergétique
Le raffinage local représente bien plus qu’une simple optimisation technique : c’est une question de souveraineté économique. En transformant son pétrole brut avant de le revendre, l’Afrique capturerait la majorité de la valeur ajoutée plutôt que de l’exporter à bas prix pour la racheter transformée à prix fort.
Les projets en cours suggèrent que l’objectif d’autosuffisance avant 2030 n’est pas une promesse creuse, mais repose sur des investissements concrets. Pourtant, leur succès dépendra de la capacité des États et des opérateurs à surmonter les obstacles logistiques et à maintenir des prix compétitifs face aux importations.





