Un modèle hybride pour toucher l’Afrique de l’informel
Depuis 2018, Regxta déploie une stratégie originale en Afrique de l’Ouest : combiner les outils numériques avec un réseau d’agents locaux pour offrir des services bancaires aux microentreprises et populations marginalisées au Nigeria. À l’heure où plus de 80 % des petits entrepreneurs africains restent en dehors du système financier formel, ce modèle représente une réponse concrète à une fracture économique persistante.
Fondée par Rukayat Kolawole-Bello, la plateforme propose des comptes numériques, des services d’épargne et des microcrédits. Son originalité réside dans l’approche : plutôt que de miser uniquement sur l’application mobile, Regxta s’appuie sur des intermédiaires locaux ancrés dans les communautés — les petits commerçants, les vendeuses de rue, les ateliers — pour faciliter l’ouverture de comptes et la gestion des transactions.
Un parcours d’expertise au service de l’inclusion
Rukayat Kolawole-Bello n’a pas lancé Regxta par hasard. Son expérience antérieure en comptabilité, audit, microfinance et gestion financière lui a permis de comprendre les freins réels rencontrés par les petits entrepreneurs : absence de garanties, coûts d’accès trop élevés, distance avec les agences bancaires, manque de confiance dans les institutions formelles.
Cette connaissance intime du secteur a façonné une solution adaptée aux réalités du terrain — un avantage crucial que les fintechs purement technologiques, construites en dehors du contexte local, peinent souvent à obtenir.
Un enjeu continental : réduire l’exclusion financière
L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon les données de la Banque mondiale, seule une personne sur trois en Afrique subsaharienne dispose d’un compte bancaire. En Guinée comme au Nigeria, cette exclusion financière freine l’entrepreneuriat et perpétue la pauvreté. Les microcrédits informels (avec des taux usuraires) restent la seule option pour des millions de petits entrepreneurs.
Des startups comme Regxta explorent donc des modèles alternatifs : services bancaires « ultra-légers », accès progressif au crédit formel, épargne digitalisée et traçable. Ces initiatives répondent à une demande réelle tout en générant des données de crédit utiles aux institutions financières traditionnelles.
Vers une démocratisation du crédit en Afrique
Le déploiement de Regxta soulève des questions pertinentes pour d’autres contextes africains. Comment adapter ce modèle hybride à la Guinée, à la Côte d’Ivoire ou à d’autres pays francophones ? Quels partenariats avec les banques locales pourraient accélérer l’expansion ? Comment renforcer la protection des données des petits entrepreneurs les moins alphabétisés numériquement ?
La réussite de telles fintechs dépend aussi de l’environnement réglementaire. Un cadre de supervision bancaire souple mais protecteur encourage l’innovation en matière d’inclusion financière.
Opportunités et défis
Pour les investisseurs et partenaires stratégiques en Afrique de l’Ouest, Regxta illustre un secteur en effervescence : celui de la fintech inclusive. Le potentiel est énorme — des centaines de millions de petits entrepreneurs attendent des solutions adaptées. Mais la route reste semée d’embûches : fidélisation des clients, rentabilité du réseau d’agents, risques de crédit, conformité réglementaire.
Rukayat Kolawole-Bello et des entrepreneurs comme elle matérialisent une conviction simple : l’Afrique peut construire ses propres solutions financières, pensées par des Africains pour les Africains.





