Un modèle d’autonomisation économique dans le nord du pays
Dans les villages de Nkokloa (Bitam) et Minvoul, au Gabon, des centaines de femmes ont mis en place des activités agricoles génératrices de revenus significatifs grâce au soutien du Fonds « La Francophonie avec Elles ». Ces initiatives témoignent d’un enjeu majeur en Afrique de l’Ouest : transformer l’agriculture vivrière en source de revenus durables pour les femmes rurales.
Le modèle déployé repose sur trois piliers : la formation technique, l’accès à des intrants améliorés, et l’accompagnement collectif par des coopératives. À Nkokloa, les femmes cultivent désormais du manioc et de la banane plantain dans le cadre d’une coopérative structurée, encadrées par le Centre d’Étude et d’Appui au Développement Local (CEAD). Selon les résultats observés, cette structuration permet aux productrices de tripler leurs revenus mensuels, passant de 50 000 à 150 000 FCFA — soit une augmentation mensuelle de 100 000 FCFA (environ 150 euros).
Des chiffres qui parlent : l’impact macroéconomique
À l’échelle locale, cette progression n’est pas anodine. Pour une femme gabonaise en milieu rural, cette hausse de revenu représente une transformation concrète : meilleure nutrition familiale, accès accru à l’éducation des enfants, constitution d’épargne, et investissement dans des activités complémentaires. Une bénéficiaire envisage déjà de développer une production de rejets de bananiers améliorés, créant ainsi une chaîne de valeur secondaire.
À Minvoul, le modèle diffère légèrement mais converge vers le même objectif : l’association de l’apiculture aux plantations de cacao crée une diversification des revenus tout en stabilisant les exploitations. Cette approche agroécologique renforce la résilience face aux chocs climatiques — un enjeu critique en Afrique centrale où la dépendance à une seule culture expose les exploitants aux risques.
Le rôle du secteur privé dans le financement du développement
Le Fonds « La Francophonie avec Elles » mobilise une participation substantielle du secteur privé. TotalEnergies, principal partenaire privé, a investi 1 275 000 euros depuis 2023, permettant de soutenir près de 3 670 femmes à travers une vingtaine de projets dans l’espace francophone. Ce mécanisme illustre un modèle hybride de développement : financements publics et privés travaillent ensemble pour atteindre des objectifs d’égalité économique.
Cet engagement soulève une question économique pertinente : comment les entreprises multinationales, notamment énergétiques, intègrent-elles les objectifs de développement inclusif dans leurs stratégies de responsabilité sociale ? Le Gabon, producteur de pétrole et de gaz, bénéficie ici de synergies où l’expertise et les moyens du secteur privé complètent l’action institutionnelle.
Des leçons pour la Guinée et l’Afrique de l’Ouest
Le modèle gabonais offre des enseignements transférables. En Guinée, où l’agriculture représente une part majeure de l’emploi féminin rural, structurer les femmes en coopératives, les former aux techniques modestes (amélioration des semences, transformation de base), et créer des chaînes de valeur courtes pourraient générer des résultats similaires. Les défis restent : accès aux marchés, infrastructure de stockage, crédit agricole adapté aux saisonnalités.
La rentabilité observée — un triplement des revenus mensuels — dépend largement de trois facteurs : l’accès à des intrants de qualité, une commercialisation organisée, et un suivi technique continu. Sans ces éléments, l’impact demeure limité.
Perspectives
Ces initiatives gabonaises alimentent un débat plus large : l’autonomisation économique des femmes n’est pas un objectif moral uniquement, mais un levier macroéconomique. Quand les femmes augmentent leurs revenus, elles réinvestissent davantage dans l’éducation, la santé et l’alimentation familiales, créant un multiplicateur économique local. Scaling ce modèle à l’échelle régionale pourrait transformer les indicateurs de pauvreté rurale en Afrique centrale et de l’Ouest.





