À Tanger, en juillet dernier, un chercheur guinéen a remporté le Prix de la Meilleure Communication Scientifique lors du Congrès international de l’AMCCA. Abdoulaye Gadiri Kaba, directeur général adjoint du CEDUST (Centre d’Excellence pour le Développement Durable et les Sciences et Technologies), a surclassé des délégués issus de 32 nations. Un signal : la recherche guinéenne se positionne progressivement sur l’échiquier scientifique africain.
Un triomphe guinéen sur la scène régionale
Le Congrès international de l’AMCCA, co-organisé avec l’ESCGA (European Society for Clinical Gastroenterology and Endoscopy — à vérifier le sigle exact et le périmètre de partenariat), réunit chaque année des chercheurs, cliniciens et innovateurs venus d’Afrique, d’Europe et du-delà. Le concours de communication scientifique reste l’une des vitrines les plus compétitives : chaque participant doit démontrer la rigueur de sa méthodologie, la pertinence de ses résultats et sa capacité à engager un public pluridisciplinaire.
Qu’Abdoulaye Gadiri Kaba ait emporté ce prix, face à des candidats issus d’instituts établis et bien dotés, souligne deux choses : d’une part, la qualité des travaux menés au CEDUST ; d’autre part, l’intérêt croissant pour les contributions scientifiques en provenance d’Afrique de l’Ouest, une région qui réclame depuis longtemps une meilleure visibilité dans les forums internationaux.
Le CEDUST, pépinière d’excellence pour la Guinée
Le Centre d’Excellence pour le Développement Durable et les Sciences et Technologies est devenu, au cours de la dernière décennie, un foyer d’innovation en Guinée. Installé à Conakry, il concentre ses efforts sur des domaines clés pour le continent : santé publique, environnement, technologies appropriées aux enjeux du développement. Le prix remporté par Kaba n’est pas un accident : il reflète une stratégie institutionnelle cohérente de valorisation de la recherche et de formation de chercheurs de haut niveau.
Cette visibilité internationale est cruciale pour un établissement guinéen. Elle attire l’attention de bailleurs de fonds, facilite les partenariats avec des universités et centres de recherche du continent et du monde, et, enfin, crédibilise auprès des étudiants et jeunes chercheurs locaux l’idée que l’excellence scientifique n’est pas le monopole des institutions occidentales.
Une fenêtre sur les ambitions scientifiques de la CEDEAO
Le succès de Kaba s’inscrit dans un mouvement plus large : la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a, ces dernières années, intégré l’innovation et la recherche parmi ses priorités. Le Protocole supplémentaire de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes et le droit d’établissement inclut désormais les chercheurs et professionnels des sciences. Des initiatives comme le Fonds pour la science et la technologie au sein de la CEDEAO visent à créer une synergie régionale entre universités et centres de recherche.
La Guinée, avec des institutions comme le CEDUST, peut prétendre à un rôle moteur dans ce concert régional. Chaque chercheur guinéen qui s’impose sur la scène continentale ou internationale légitime cette aspiration et ouvre des portes à ses pairs.
L’enjeu : convertir le prestige en ressources
Un prix scientifique, même prestigieux, reste un acte symbolique si les structures qui le produisent ne disposent pas des moyens pour amplifier l’impact. Abdoulaye Gadiri Kaba et ses collègues du CEDUST travaillent dans un contexte où les budgets publics alloués à la recherche restent limités et où les collaborations avec des partenaires mieux dotés sont vitales.
L’enjeu immédiat est donc de transformer cette reconnaissance en débouchés concrets : financement pour de nouveaux projets, accès à des réseaux scientifiques régionaux, invitation à des postes de leadership au sein de plateformes continentales. L’Union africaine et ses institutions spécialisées observent de près les émergences scientifiques du continent.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochaines étapes décisives se jouent ailleurs : quels partenaires du CEDUST en tireront parti ? Le CEDUST saura-t-il attirer des investissements pour consolider sa position ? Et la Guinée, au niveau de ses politiques publiques, prendra-t-elle la mesure de l’atout que représente cette excellence pour son attractivité régionale ?
Le triomphe à Tanger n’est qu’un début. Ce qui compte, c’est sa traduction en écosystème durable de recherche au service du développement.





