Depuis une vidéo YouTube mise en ligne en octobre 2015, Liniker de Barros Ferreira Campos a forgé une trajectoire musicale singulière. Son titre « Zero », enregistré avec son groupe Os Caramelows, a cumulé plusieurs millions de vues en quelques semaines seulement, propulsant celle qui travaillait alors en télémarketing à São Paulo vers une carrière internationale.
Aujourd’hui âgée de 30 ans, la chanteuse, danseuse et influenceuse originaire d’Araraquara dans l’État de São Paulo incarne bien plus qu’une simple artiste musicale. Femme trans noire, elle s’est imposée comme l’artiste trans la plus titrée des Latin Grammys, distinction qui témoigne de la reconnaissance du secteur musical latino-américain envers son travail.
Une voix et une présence scénique d’exception
Ce qui captive d’abord chez Liniker, c’est cette voix claire et veloutée qui traverse genres et frontières, du jazz à la pop en passant par la pagode brésilienne. Sur scène, elle déploie une esthétique rigoureusement travaillée : look composite ultra soigné, mouvements théâtraux empruntant tant aux dragshows qu’à la samba et aux cultures afro-brésiliennes, tout en conservant une intimité de studio qui a séduit les premiers auditeurs.
Son second album « Caju », lancé en 2024, cristallise cette évolution artistique. Le titre éponyme, qui puise son inspiration dans ce fruit tropical du Nord-Est brésilien, a atteint 87 millions d’écoutes sur Spotify. L’artiste elle-même explique la genèse de l’album : « Cet album est né en 2022. J’étais coincée dans les embouteillages de São Paulo et j’ai pensé que je voulais raconter mon histoire, à partir d’un double, ce fruit, le cajou. »
Un manifeste pour l’inclusion et la fierté
Au-delà de la dimension musicale, l’album constitue un manifeste pour l’inclusion. Thématiquement, Liniker y explore le désir de fidélité, la tension entre liberté personnelle et engagement, les trahisons douloureuses, tout en célébrant une détermination à reconnaître sa propre grâce. Le titre « Caju » demande ainsi : « Je veux savoir si tu courras après moi. »
L’artiste insiste sur la valorisation d’un héritage souvent méprisé. Elle y évoque explicitement ce « velours couleur marron », référence à la couleur de sa peau, et partage son engagement spirituel au sein du candomblé, une religion afro-brésilienne. Ces références ne relèvent pas du simple folklore : elles incarnent une affirmation identitaire assumée, source de fierté autant que de sensualité.
Vers une reconnaissance européenne
En Europe, lors de sa tournée de clôture pour l’album « Caju » en juin 2026, Liniker consolide progressivement sa dimension d’icône internationale. Bien que son public soit majoritairement composé de Brésiliens et de membres de la communauté LGBTQIA+ locale, l’artiste affiche une assurance croissante. De la simple demande en anglais pour « construire sa carrière internationale » qu’elle adressait à son public lusophone, elle est passée à une aisance linguistique revendiquée : portugais, anglais, français et espagnol coexistent dans son univers artistique selon les besoins du message.
Avec près de 2 millions de followers sur Instagram, Liniker ne cache pas la conscience qu’elle a de son rôle politique et de son influence, notamment à l’aune des enjeux sociétaux et électoraux brésiliens. Comme elle l’affirme : « Je chante pour ceux qui n’ont pas la possibilité de raconter leur histoire. »
Son ambition demeure claire : créer des espaces sûrs où chacun puisse, le temps d’un concert ou d’un album, s’autoriser à être véritablement soi-même. C’est sur cette promesse de liberté et de reconnaissance que Liniker poursuit son ascension.





