En Côte d’Ivoire, une jeune entreprise propose une alternative à l’écran : Akissa, une boîte à histoires audio qui puise dans le patrimoine des contes et légendes africains. Le dispositif répond à un besoin que son créateur, Honoré Essoh, a lui-même ressenti en cherchant des contenus adaptés à transmettre aux enfants.
Un rituel du soir sans écrans
Chez les familles qui l’ont adoptée, Akissa est devenue un moment clé de la soirée. Les enfants s’installent autour de la boîte, actionnent un bouton, et une voix les entraîne dans l’univers des récits africains. Pour les parents, l’intérêt est double : réduire le temps d’exposition aux écrans tout en transmettant un héritage culturel.
Marceline, mère de famille utilisatrice d’Akissa, explique comment le dispositif s’insère dans la vie quotidienne : « Les parents de maintenant, on n’a pas toujours le temps de s’asseoir pour raconter des histoires aux enfants comme avant. Donc là, l’appareil remplace les parents et raconte. Mais après aussi on fait un suivi à côté puisqu’on leur demande : qu’est-ce que vous avez retenu ? Qu’est-ce que vous avez appris ? Et ça les amuse. Ils retiennent aussi les leçons de moralité à la fin. »
Des histoires écrites par des auteurs africains
Le concept d’Akissa repose sur une conviction : les enfants du continent doivent accès à des histoires qui les reflètent. Honoré Essoh raconte l’origine de son idée : en quête d’une boîte à histoires à offrir à sa nièce, il ne trouve que des contenus étrangers. Il décide alors de créer sa propre solution.
Akissa embarque environ quarante histoires écrites par des auteurs de différents pays africains. Fidèle à la tradition orale, chaque récit se termine par une leçon de vie destinée à instruire l’enfant. Les enregistrements privilégient la simplicité : très peu d’effets spéciaux, afin de reproduire l’atmosphère d’un parent qui lirait une histoire avant le coucher.
Au-delà des contes, la boîte propose des comptines dans plusieurs langues du continent : malinké, yacouba et peul, notamment. Cette diversité linguistique renforce son rôle de vecteur de transmission culturelle.
Le conte, gardien de la mémoire collective
Pour Koami Vignon, conteur ivoirien spécialiste des arts du récit, les outils numériques peuvent prolonger l’héritage du conte sans le dénaturer. Il souligne l’importance historique du conte dans la transmission du savoir : « Le conte permet de comprendre le monde, d’expliquer le monde. Pourquoi le ciel est haut ? Pourquoi la hyène a l’arrière-train affaissé ? C’est à travers le conte que l’enfant va savoir comment s’appelle tel animal, comment s’appelle sa femelle. »
Mais le conte, selon Vignon, va bien au-delà de l’instruction. C’est aussi un outil de dénonciation et de remise en question : « À travers le conte, on peut par exemple dire les dérives du pouvoir, dire ce qui ne fonctionne pas bien dans la société. » Le conteur devient ainsi le gardien d’une mémoire collective, responsable de perpétuer les récits des ancêtres.
Pour que ce rôle perdure, Vignon appelle les acteurs du numérique à donner une nouvelle vie au conte : « Il faudrait que des acteurs qui utilisent le numérique puissent donner une autre vie, une autre accessibilité au conte, et permettre au conte de rentrer dans les familles. » Akissa incarne précisément cette ambition : adapter un patrimoine millénaire aux réalités contemporaines, sans renier ses racines.





