Au Nigeria, le déploiement accéléré de la fibre optique transforme le marché de la connexion fixe. Entre août 2023 et juin 2026, les vitesses de téléchargement en médiane ont bondi de 155 %, passant de 13,50 mégabits par seconde (Mbps) à 34,47 Mbps selon les données d’Ookla. Les vitesses de remontée ont presque doublé, atteignant 25,17 Mbps, tandis que la latence—le temps que met une donnée à traverser le réseau—a baissé de 47,9 millisecondes à 35,8 millisecondes.
Cependant, ces chiffres globaux masquent une réalité plus nuancée. Les gains les plus importants ne surviennent pas aux extrêmes, mais au bas de l’échelle. Les 10 % d’utilisateurs disposant des connexions les plus faibles ont vu leurs vitesses de téléchargement passer de 2,24 Mbps à 6,04 Mbps. À l’inverse, les 10 % bénéficiant des connexions les plus rapides sont passés de 74,37 Mbps à 90,04 Mbps. Cette dynamique révèle une étape cruciale du déploiement nigérian : le pays ne rend pas simplement plus rapides ses connexions déjà excellentes, il élève le plancher de qualité pour tous.
La fibre devient la technologie dominante
Le nombre d’abonnements corrobore ce tournant. Les connexions fibre vers les locaux (FTTP, pour Fibre-to-the-Premises) sont montées en flèche, passant de 84 141 en décembre 2025 à 265 000 en juin 2026—une multiplication par plus de trois en six mois. Pour la première fois, la fibre optique a surpassé l’accès sans fil fixe (FWA), qui utilise des ondes radio, pour devenir la technologie de connectivité fixe dominante au Nigeria.
Mukesh Chandra, ancien directeur de la technologie chez Globacom et consultant en infrastructure télécom, souligne le rôle central de la fibre. « Sans fibre, les gros volumes de données ne peuvent pas être transportés depuis les réseaux sans fil ou d’accès, qui connectent les utilisateurs finaux par Wi-Fi, réseau mobile ou connexions filaires », explique-t-il.
Karim Yaici, analyste principal chez Ookla pour le Moyen-Orient et l’Afrique, confirme que la fibre propulse la croissance des débits sur le continent. Passer d’une connexion ancienne d’environ 10 Mbps à des forfaits fibre offrant 30 à 50 Mbps ou davantage représente une transformation pratique bien plus significative que de passer de 100 Mbps à 200 Mbps pour un client déjà bien connecté.
Les défis suivants sont plus redoutables
Cette trajectoire favorable rencontre néanmoins des obstacles croissants. La première phase—connecter les utilisateurs des anciennes technologies—était relativement aisée. La suite s’annonce plus complexe : augmenter la capacité des réseaux, moderniser l’équipement, atteindre les zones moins rentables et convaincre les clients de souscrire à des forfaits plus rapides.
Sur le plan financier, construire des réseaux transportant de larges volumes de trafic internet coûte cher. Selon Chandra, tous les prestataires ne disposent pas des ressources pour déployer des réseaux fibre nationaux et internationaux. Un nombre restreint d’opérateurs télécoms, de fournisseurs d’accès et de sociétés d’infrastructure construisent ces grands réseaux et louent leur capacité à d’autres.
Au-delà de la seule vitesse, d’autres facteurs conditionnent la qualité finale de la connexion : le type de lien entrant au domicile, la capacité du réseau général, la congestion et l’équipement du fournisseur d’accès. Le Nigeria doit donc progresser sur la couverture, l’accessibilité financière, la fiabilité et la qualité de service, pas seulement sur les débits.
La question de la demande
Construire une fibre ne suffit pas à créer des abonnés. Yaici pointe l’accessibilité financière comme l’un des plus grands défis des opérateurs fibre en Afrique. Des offres hebdomadaires ou prépayées pourraient élargir la clientèle pour ceux qui ne peuvent se permettre des forfaits mensuels classiques.
Le Ghana illustre ce risque : avec 261 938 abonnés fibre en décembre 2025 (hausse de 18,4 % en un an), la fibre ne rejoignait que moins de 0,8 % de la population, concentrée dans les villes et zones proches. Le Nigeria pourrait connaître une situation analogue si son réseau fibre se développe plus vite que les revenus des ménages. « Installer la fibre, c’est seulement la première étape », conclut Yaici. « Le plus grand défi est d’amener les gens à comprendre la valeur de la fibre et les persuader de la payer. »





