À plus de soixante ans, Pierpoljak poursuit sa carrière de musicien avec la détermination qui l’a caractérisé depuis son émergence sur la scène française à la fin des années 1990. Le chanteur de reggae est actuellement en tournée pour promouvoir Skabadeng, son quinzième album, enregistré en Jamaïque avec le producteur Clive Hunt.
Cet opus marque un tournant artistique. Contrairement à son album précédent, La Roue tourne Igo, dans lequel il expérimentait une approche électro-reggae davantage disparate, Skabadeng revient à un reggae plus roots. « J’ai travaillé avec Clive Hunt, un producteur avec lequel j’ai déjà fait beaucoup d’albums dans le passé. Il m’a appelé à un moment où je préparais des maquettes », explique Pierpoljak. L’enregistrement à Kingston, en Jamaïque, a imprégné le disque d’une authenticité reggae, loin du contexte français de sa production antérieure.
Le nouvel album épouse les préoccupations actuelles du musicien. Pierpoljak le décrit comme composé surtout de « chansons d’amour », reflet de sa vie au moment de l’écriture. Cette maturité artistique s’exprime aussi sur des sujets plus vastes : le titre En tenue camouflée aborde les enjeux environnementaux, thème récurrent dans son œuvre depuis ses débuts. « Mon tout premier titre, c’était Sauver la nature. C’est vraiment un de mes thèmes de prédilection », confirme-t-il. Il tient toutefois à clarifier sa démarche : « Je ne fais pas de politique. […] Je ne suis pas donneur de leçons. Mais, quand on prend un Bob Marley, il a su faire des chansons qui ont dépassé la chanson, qui ont pu agir sur l’esprit des gens. »
La musique reste, à ses yeux, un exutoire permanent malgré les décennies d’activité. « J’ai toujours aimé faire ça, et j’aime toujours faire ça. Même si je vieillis, je vais avoir 62 ans le mois prochain. Donc à ce stade, je n’ai pas tout dit. » Cette créativité persiste alors même que Pierpoljak reconnaît que l’écriture lui « prend plus de temps ».
Avant de devenir un artiste reggae établi, Pierpoljak a fondé un groupe de punk lorsqu’il était très jeune, choix musical qui illustre un refus de conformité durable. Cette trajectoire explique, selon lui, une affinité profonde avec les valeurs punk : « Pour commencer, le fait d’être un peu à part, de ne pas s’inscrire dans le sillon tracé. » Une connexion historique unit aussi les deux genres : le punk anglais et l’immigration caribéenne dans le Royaume-Uni, avant que les artistes français ne s’approprient cette influence. « Aujourd’hui d’ailleurs, j’adore toujours le punk rock ! », affirme Pierpoljak.
La carrière de Pierpoljak, marquée par des hauts — succès et célébrité — et des bas — emprisonnement et problèmes de santé —, témoigne d’une trajectoire hors des sentiers battus. Skabadeng et la tournée qui l’accompagne consolident son engagement durable envers une musique enracinée et porteuse de sens.





