Deux jeunes entrepreneurs sénégalais ont lancé un défi technologique ambitieux : créer une intelligence artificielle conversationnelle capable de comprendre et de répondre en wolof et en pulaar. C’est le pari porté par Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye à travers leur société Andakia et son assistant IA baptisé Awa.
Un assistant polyvalent pour les langues locales
Contrairement aux outils numériques dominants disponibles aujourd’hui, Awa a été conçu pour fonctionner dans des langues africaines largement parlées au Sénégal mais rarement intégrées aux plateformes d’intelligence artificielle. Selon Alioune Badara Mbengue, co-fondateur, l’assistant ambitionne de devenir une « super app » : « Awa se veut être le compagnon, l’ami de tout le monde et qui vous aide à faire tout ce que vous avez besoin de faire. Tout ce dont l’usager a besoin, il doit pouvoir le demander à Awa. Que ce soit une information, que ce soit l’accès à un service, commander à manger, je veux me déplacer, j’ai besoin d’envoyer un colis. »
Cette vision intègre l’IA comme une couche invisible dans les interactions quotidiennes des utilisateurs, couvrant l’accès à l’information, les services numériques et le commerce.
La sous-représentation des données africaines
Le projet répond à un enjeu technique fondamental : la rareté des données en langues africaines sur Internet. Selon une étude relayée par l’organisation AI for development, l’ensemble des langues africaines représente moins de 0,02 % de l’ensemble des données disponibles en ligne.
« Quand vous avez des modèles d’intelligence artificielle, ils s’entraînent justement sur ces données. Et du coup, c’est normal que ces modèles ne soient pas très aptes à s’exprimer dans les langues africaines, justement parce qu’elles sont sous-représentées en termes de données », explique Mbengue.
Pour surmonter cet obstacle, l’équipe d’Andakia a dû accumuler et traiter des données de qualité en wolof et en pulaar afin d’entraîner des modèles capables de comprendre réellement ces langues, bien au-delà d’une simple traduction.
Un lancement imminence et des ambitions continentales
Avant même son déploiement officiel prévu au 18 juillet, Awa génère déjà une anticipation marquée auprès du public sénégalais. « On a vu en tout cas beaucoup de retours de beaucoup de gens qui attendent impatiemment l’arrivée d’Awa, qui pourra en tout cas avoir un impact très fort sur leur quotidien », confie Pape Gorgui Ndoye, co-fondateur.
La feuille de route d’Andakia ne s’arrête pas aux deux langues actuelles. Les fondateurs prévoient d’élargir progressivement les capacités d’Awa en intégrant d’autres langues africaines, transformant progressivement l’outil en plateforme multilingue continentale.
Cette trajectoire place Andakia parmi les initiatives qui repensent l’accès à l’intelligence artificielle en Afrique, en plaçant les langues locales au cœur de l’innovation technologique plutôt que de les cantonner à la marge des écosystèmes numériques globaux.





