Adama Diabaté, connu sous le nom de « Dada », incarne une trajectoire musicale qui traverse les frontières d’Afrique de l’Ouest sans renier ses racines. Guitariste, auteur, compositeur, arrangeur et directeur musical, il a construit son parcours entre la Côte d’Ivoire et le Mali, faisant de la tradition mandingue le fil conducteur de son identité sonore.
Un héritage familial forgé à Abidjan
Né à Abobo, à Abidjan, et grandi à Anoumambo, Dada est issu d’une famille de griots de lignée dafing. Son père, Amadou Diabaté, était guitariste réputé dans les milieux griottiques ivoiriens. Sa mère, également griotte, lui transmet dès l’enfance cet héritage culturel. C’est auprès de son oncle, Petit Madou (Madou Koussoumbou), guitariste confirmé, qu’il entreprend ses premiers apprentissages musicaux. Cette transmission familiale n’est pas qu’un détail biographique : elle structure sa compréhension de la guitare comme vecteur de tradition et de continuité.
Du groupe d’interprétation à la composition
Après ses débuts à Abidjan, Dada fait le choix de s’installer à Bamako pour élargir son horizon artistique. À Bamako, il rejoint successivement Seven Star et Soul Train de Band, deux orchestres d’interprétation qui lui permettent d’affiner son jeu et de se confronter à une scène musicale dynamique. Ces expériences de groupe sont autant d’étapes vers la maîtrise de l’arrangement et de la direction musicale.
Son travail de compositeur et d’arrangeur le fait collaborer avec plusieurs projets notables. Il est associé à « Diarabi Nene Bena » de Sidiki Diabaté et « Kissai » de Mohamed Diaby, deux compositions où la guitare joue un rôle central. Il travaille également aux côtés de son épouse, la chanteuse Fatim Diabaté (« La Haute Gamme »), en participant à la composition et aux arrangements de morceaux tels que « La Diaba » (Ladiayaba).
Entre mandingue et urbanité
Si la guitare mandingue demeure son fondement, l’expérience abidjanaise de Dada l’a ouvert à d’autres univers sonores. Il maîtrise les rythmiques du zouglou, les palettes de la world music et les sonorités des musiques d’inspiration militaire ou guerrière. Cette pluralité se manifeste dans sa démarche de producteur et d’arrangeur : créer un dialogue entre les instruments hérités de la tradition et les codes de la production contemporaine.
Ses collaborations reflètent cette dualité. Dans la sphère mandingue, il a travaillé avec les Guinéens Azaya et Djely Kaba Bintou, ainsi qu’avec la Malienne Mariam Ba. Parallèlement, il a approché l’univers urbain en collaborant avec des artistes comme Lil Dou, Master Soumy et Dr. Keb, confirmant sa capacité à naviguer entre tradition et expressions urbaines contemporaines.
Deux villes, un fil musical
L’implantation de Dada à Bamako ne signifie pas une rupture avec Abidjan. Les deux villes structurent son identité musicale de manière complémentaire : l’héritage familial ivoirien d’un côté, l’immersion dans la scène malienne et la richesse mandingue de l’autre. Son parcours illustre les passerelles durables entre les scènes musicales d’Afrique de l’Ouest, où la guitare et l’arrangement servent de langues communes.
À travers ses compositions et collaborations, Adama Diabaté continue de faire circuler les sonorités entre Abidjan et Bamako, ouvrant simultanément son univers aux musiques urbaines. Son trajectoire démontre qu’ancrage dans la tradition et exploration contemporaine ne s’opposent pas, mais s’enrichissent mutuellement.
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