Après le succès de « Un jour je marierai un ange » en 2022, le chanteur belge Pierre de Maere, 25 ans, revient avec un deuxième album intitulé Ave de Maere. Le projet affirme une volonté artistique nouvelle : dépasser la répétition et explorer une écriture plus ancrée dans le réel, portée par une musicalité plus ambitieuse.
Du tube aux nouvelles ambitions
Si son premier single l’a propulsé sur le devant de la scène, Pierre de Maere entend cette fois clarifier son rôle artistique. « Je reste chef d’orchestre de mes disques », affirme-t-il, revenant sur une confusion persistante : beaucoup ont cru que son frère Xavier avait produit son premier album. En réalité, Xavier a été « son merveilleux allié concernant les finitions ». Pierre de Maere souligne que l’image qu’on lui colle — celle du mannequin « Ken en papier glacé » — masque son travail en studio. Proche du monde de la mode et égérie pour des marques, il est régulièrement perçu comme un simple interprète. Pourtant, il compose ses textes et pilote la production de ses enregistrements.
Vers plus d’humanité et moins de perfection
Dès le départ, Pierre de Maere savait qu’il ne reproduirait pas la formule gagnante. L’album Ave de Maere intègre davantage de musiciens et d’instruments joués, au détriment de la perfection numérique. « On a tellement l’habitude de composer avec des ordinateurs sur des grilles. C’est très mathématique, en fait. Je voulais m’éloigner de ça et sonner plus humain », explique-t-il. Les paroles suivent la même logique : moins de superlatifs, moins d’épique, davantage de réalité.
L’adolescence tardive comme fil rouge
Le titre Ave de Maere n’évoque pas un conquérant politique ni un tyran, mais l’élan de celui qui, entre dix-huit et vingt-cinq ans, se cherche et découvre. « Un ado, c’est un conquérant : il touche à tout sans trop rien savoir, il a des envies de toujours plus, il découvre de nouvelles sensations, l’amour, la colère. » Pour Pierre de Maere, gay ayant fait son coming-out tardivement en raison de son environnement familial religieux — il a grandi dans un collège-lycée jésuite où l’homosexualité n’avait pas de place — cette adolescence commence à dix-huit ans. C’est l’âge où il tombe amoureux pour la première fois et se confie à son entourage, qui le reçoit « avec beaucoup d’amour et de bienveillance ».
Enrichissement culturel et influences artistiques
Entre les deux albums, Pierre de Maere a considerablement élargi ses références. Il reconnaît avoir longtemps ignoré certains univers musicaux, limitant sa culture à celle de ses parents — figée aux années 1980 — et à ses propres découvertes des années 2010. Depuis, il s’intéresse à la French Touch : Phoenix et Air, notamment. L’album Talkie Walkie d’Air incarne pour lui la philosophie « Less is more » — moins de réverbérations, plus de clarté vocale, une composition enrichie qui n’abuse pas des artifices.
Outre Air, Christine and the Queens et Kanye West l’ont convaincu qu’il était possible de ne pas surcharger une production. Cette évolution explique en partie pourquoi Ave de Maere diffère sensiblement de ses débuts. « Je ne connaisse qu’un dixième de ce qu’il faut connaître », observe-t-il, non sans ironie. « Cela me donne de l’espoir pour la suite. Le troisième album n’en sera encore que meilleur. »
Raconter sans honte
L’album aborde aussi des moments intimes et imparfaits : la pudeur face à la première relation sexuelle, l’obsession amoureuse, la perte d’estime de soi. « Je veux que ceux qui sont passés par là se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls. Moi j’ai été un souillon et c’est ok de l’être. » Cette volonté de témoigner sans embellissement traduit l’approche globale de l’album : raconter la vraie adolescence, celle qui n’est pas toujours jolie, mais qui est vivante.
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