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Afrique de l'Ouest

L’IA, une priorité urgente pour les universités africaines

Le professeur Mary Teuw Niane appelle les universités africaines à repenser leurs programmes et méthodes pour intégrer l'intelligence artificielle au cœur de la formation. Une nécessité pour que la jeunesse ne soit pas marginalisée dans les transformations technologiques en cours.

L’IA, une priorité urgente pour les universités africaines

La maîtrise de l’intelligence artificielle est devenue une condition sine qua non pour que les jeunes africains, et en particulier sénégalais, ne se trouvent pas marginalisés dans les transformations scientifiques et technologiques en cours. C’est le diagnostic posé par le professeur Mary Teuw Niane, qui appelle à une refonte profonde des systèmes d’éducation et de formation, du préscolaire à l’enseignement supérieur.

Selon ce diagnostic, une excellence académique isolée — incarnée par quelques chercheurs de premier plan — ne suffit pas. Pour que l’IA devienne un véritable moteur de transformation sociale et économique, c’est l’ensemble du système éducatif qui doit s’adapter. Les universités, en particulier, portent une responsabilité majeure dans cette transition.

Anticiper plutôt que s’enfermer

L’autonomie universitaire, affirme le professeur Niane, ne doit pas être entendue comme une protection contre le monde extérieur, mais comme une liberté et une responsabilité d’anticiper les besoins futurs. Une université qui reste figée dans ses programmes, attachée à ses anciennes méthodes d’enseignement et indifférente aux compétences émergentes, ne remplit pas sa mission.

L’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais offre des précédents encourageants. L’introduction de l’informatique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis dans les années 1990, puis le développement des télécommunications au cours de la décennie suivante, démontrent qu’une institution universitaire peut faire émerger une nouvelle discipline même lorsque les ressources humaines sont rares ou inexistantes. L’autonomie académique, les réseaux internationaux et le leadership des enseignants-chercheurs permettent de mobiliser des compétences venues du monde entier.

Des formations plurielles et rapides

Face à l’urgence, il n’existe pas un seul modèle pédagogique. Un master en intelligence artificielle peut précéder une licence spécialisée, tandis qu’une formation d’ingénieur peut se développer en parallèle d’un master. L’IA elle-même ne peut pas prospérer isolément : elle doit converger avec les sciences des données, la cybersécurité, le traitement d’image et de vision, la robotique, la biomécanique, ainsi que les sciences du vivant et d’autres domaines connexes.

L’objectif est de constituer rapidement des masses critiques de compétences capables d’irriguer l’ensemble du système éducatif — lycées et collèges —, ainsi que les secteurs de l’économie, la santé, l’administration, la culture et la société. Les formations certifiantes et l’enseignement à distance, maîtrisés par les institutions supérieures existantes, peuvent aussi servir de leviers pour démocratiser l’accès à ces connaissances.

L’IA, de l’outil au partenaire

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie optionnelle. Les récents progrès dans l’application de l’IA aux mathématiques et aux sciences illustrent la vélocité avec laquelle les frontières du possible se déplacent. L’IA n’est plus seulement un outil : elle devient un partenaire dans la création des connaissances elles-mêmes.

Pour les pays africains comme le Sénégal, cette évolution ouvre une opportunité. Disposant d’une jeunesse nombreuse, curieuse et intelligente, la région possède les ressources humaines nécessaires. Mais cette intelligence doit être nourrie par une éducation rigoureuse, l’apprentissage des sciences et des techniques, la culture de l’effort et la capacité à transformer les connaissances en innovations, en entreprises et en emplois.

Un choix sans tiers chemin

La construction d’une société homme-machine oblige à repenser l’éducation elle-même : qui seront les enseignants de demain ? Quels nouveaux contenus faudra-t-il transmettre ? Le diagnostic du professeur Niane est sans détour : ceux qui pourront véritablement choisir d’accepter ou de refuser cette transformation seront précisément ceux qui en auront acquis la maîtrise. La règle implacable de la conquête des savoirs impose une alternative binaire — progresser ou être dépassé — sans juste milieu possible. Aux universités africaines de prouver maintenant qu’elles peuvent être à la hauteur de ce rendez-vous historique en faisant de l’IA un levier de souveraineté scientifique et technologique.

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