La plage de Beddouza, en province de Safi, deviendra du 9 au 11 août un carrefour de la création poétique africaine. La 7e édition des Plages de la Poésie, organisée par la Maison de la Poésie de Marrakech, confirme une tendance durable : les festivals littéraires et artistiques africains se libèrent des salles fermées pour conquérir des espaces publics, naturels, accessibles.
Quand la poésie rencontre le public
Imaginer la poésie sous le ciel ouvert, pieds dans le sable, face à l’Atlantique, c’est redéfinir le rapport entre créateur et spectateur. Cette formule n’est pas nouvelle au Maroc—la Maison de la Poésie de Marrakech l’a éprouvée et consolidée au fil de sept éditions—mais elle représente une philosophie artistique en expansion sur le continent : démocratiser l’accès aux lettres et aux arts, briser l’isolement des salles de concert ou des galeries.
Beddouza, commune côtière modeste, n’a pas le prestige de Marrakech ou de Casablanca. C’est justement le point : les festivals africains qui montent en puissance sont ceux qui acceptent de décentraliser, de ne pas se cantonner aux métropoles. La Guinée le sait bien, qui a vu émerger des initiatives comme les éditions régionales du Fespaco musical ou des résidences d’artistes en zone rurale. L’impact culturel grandit quand la création irrigue l’ensemble du territoire.
Un vecteur de rayonnement pour le Maroc
Le Maroc, nation francophone d’Afrique du Nord, a fait de la culture un pilier de sa soft power régionale. Les Plages de la Poésie s’inscrivent dans un écosystème plus large : festivals de musique (comme Essaouira), biennales d’art contemporain, résidences d’écrivains. Cette stratégie systématique positionne le royaume comme un foyer créatif incontournable, attirant écrivains, artistes et investisseurs culturels du continent et au-delà.
Pour les entrepreneurs créatifs africains—musiciens, dramaturges, éditeurs—ces événements servent d’observatoires. Qui y vient ? Comment s’organise-t-on ? Comment financer ? Quels partenaires cherche-t-on ? Le festival n’est pas qu’une célébration ; c’est un marché d’idées et de contacts.
La Guinée et l’Afrique de l’Ouest dans ce mouvement
La Guinée, riche d’une tradition orale millénaire et d’une scène musicale dynamique, reste sous-représentée dans les grands festivals internationaux du continent. Les Plages de la Poésie—et des événements similaires organisés en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Burkina Faso—sont des modèles à observer. Comment structurer une manifestation culturelle durable ? Comment l’auto-financer sans dépendre exclusivement de l’État ? Comment attirer des visiteurs venus d’ailleurs ?
La poésie, en particulier, incarne un pont entre tradition et modernité : contes griots, poésie écrite, slam urbain, musique engagée. Les festivals qui la mettent en scène—dans un cadre désacralisé, populaire—redonnent du prestige à des formes de création que la mondialisation a souvent relégalisées ou ghettoïsées.
Ce qui reste à surveiller
Trois enjeux méritent attention. D’abord, la composition du programme : quels auteurs marocains, nord-africains, subsahariens participeront ? L’édition 7 sera-t-elle plus panafricaine que les précédentes, ou restera-t-elle centrée sur le Maghreb ? Ensuite, la captation et la diffusion : les Plages de la Poésie seront-elles documentées, diffusées en ligne, rendues accessibles au-delà de Beddouza ? Enfin, l’impact économique local : comment les habitants de Beddouza se l’approprient-ils ? Qui en profite—gîtes, restaurants, artisans locaux ?
Les meilleures industries créatives africaines sont celles qui créent des écosystèmes : formations, résidences, plateformes de diffusion, emplois directs et indirects. Un festival réussi n’est pas qu’un événement de trois jours ; c’est un catalyseur.





