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Musique

Le sabar, tambour du Sénégal qui parle et qui danse

Le sabar, tambour conique recouvert de peau de chèvre, incarne le patrimoine musical wolof du Sénégal. Bien au-delà d'un instrument, il fut aussi un moyen de communication à distance, et reste au cœur des fêtes et rituels. Lamine Sow et Pape Faye, héritiers de traditions familiales séculaires, perpétuent cet art ancestral.

Le sabar, tambour du Sénégal qui parle et qui danse

Le sabar incarne bien plus qu’un simple instrument : c’est un symbole du patrimoine wolof au Sénégal, tissé dans les fêtes, les danses et les rituels depuis des siècles. Tambour de forme conique recouvert d’une peau de chèvre, il combine technique musicale et fonction de communication, porteur de messages codés qui, autrefois, franchissaient les distances.

Lamine Sow et Pape Faye, tous deux musiciens sénégalais, incarnent cette transmission ancestrale. Pape Faye grandit dans une famille de griots où le sabar passe de génération en génération : « J’ai grandi dans une famille de griots au Sénégal. Il y avait mon père, mon grand-père, mon oncle… jusqu’à moi. On a grandi avec les sabars. » Pour Lamine Sow, l’instrument fait partie d’un univers artistique familial : son père fonda le ballet Bougarabou à Dakar, et sa mère était danseuse. « On avait beaucoup d’instruments, mais le sabar nous côtoyait matin, midi, soir », se souvient-il.

Un instrument aux facettes multiples

Le terme « sabar » porte plusieurs significations entrecroisées. Il désigne à la fois l’instrument lui-même, la danse associée et la grande fête qui l’accompagne. En réalité, il regroupe un ensemble de tambours distincts, chacun produisant sa propre sonorité et tenant un rôle spécifique. Le thiol, fermé sur le dessous, génère une tonalité grave. Le nder, qualifié de tambour majeur, fait office de chef d’orchestre et intervient lors des passages en solo.

Technique de jeu originale, le sabar s’exécute avec une baguette tenue dans la main de l’écriture, tandis que l’autre main frappe directement le tambour. Cette particularité de fabrication distingue l’instrument : des chevilles de bois, enfoncées dans le fût, sont entourées de tresses reliant la peau. Lamine Sow explique leur fonction : « Les chevilles là sont faites pour accorder, pour tendre la peau, la détendre. On appelle ça les pecs. C’est tressé de manière à ce que la lanière enveloppe le bois. Ce qui fait que quand tu tapes sur le bois, ça fait une tension sur la peau. »

Au Sénégal, des artisans spécialisés, appelés lawbeng ou sculpteurs de bois, se consacrent à la fabrication des sabars. Lamine Sow se souvient de son enfance : « Même moi quand j’étais petit, pour avoir mon propre instrument, j’allais voir le lawbeng, et je lui disais la forme que je voulais. »

Au-delà de la musique : un langage ancestral

L’histoire du sabar remonte à l’époque de l’empire du Djolof, au XIVe siècle, période d’émergence de cet instrument indissociable de l’identité wolof.

Avant l’arrivée des technologies modernes, le sabar remplissait une fonction cruciale : celle de messager sonore. Pape Faye raconte : « Si on vivait ici dans les années 1800, il n’y avait pas de téléphone… Et si un enfant se faisait mordre par un serpent et que les guérisseurs n’étaient pas là, on utilisait le tambour majeur pour faire un rythme spécifique qui appelait le guérisseur là où il était. Même s’il était dans son champ, même s’il était en pleine mer. Dès qu’on entend un roulement de sabar, tout le monde prête attention et écoute le message qu’il va passer. » Cette dimension demeure vivante : « Si Lamine est sorti, et que j’ai envie de l’appeler, je l’appelle avec le sabar. »

Une tradition qui dialogue avec la modernité

Le sabar ne reste pas enfermé dans le passé. Lamine Sow explore des collaborations qui croisent traditions sénégalaises et genres contemporains. Son morceau « Ni Fente Bulu », réalisé avec le batteur de jazz américain Steve McCraven, en témoigne. Ces rencontres musicales élargissent l’horizon du sabar sans le dénaturer.

Au Sénégal, les tambours sabar continuent de faire vibrer les fêtes et les rituels, transmettant des rythmes qui racontent des histoires et nouent les générations. Leurs voix encodées invitent chacun à décoder un langage pluriel, où la musique, la danse et la communication se nouent dans une seule pulsation.

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La rédaction de Fameen News

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