La Banque centrale du Nigéria (CBN) franchit une étape majeure dans la régulation des monnaies numériques. Dans sa Stratégie du système de paiements 2028, dévoilée le 1er juin, l’institution affirme son intention de déployer des nœuds observateurs sur les réseaux blockchain qui accueillent les stablecoins approuvés. Cet outil technologique permettrait au régulateur de voir les transactions en temps réel, plutôt que de dépendre exclusivement des rapports transmis par les sociétés émettrices.
Un nœud observateur fonctionne comme un capteur : connecté au réseau blockchain, il conserve une copie du registre public et surveille l’activité sans valider ni soumettre de transactions. Cette capacité de lecture offrirait à la CBN une visibilité directe sur la création, le mouvement et la destruction des jetons, marquant une tentative de ramener les stablecoins dans le système de paiements régulé du pays sans céder le contrôle sur la circulation monétaire.
Des volumes qui justifient l’intervention
Le contexte rend cette régulation urgente. Entre juillet 2024 et juin 2025, les monnaies numériques, dont les stablecoins, ont représenté environ 205 milliards de dollars de flux transactionnels en Afrique subsaharienne, selon l’analyste blockchain Chainalysis. Au Nigéria, les transferts stablecoins en pair-à-pair sur les échanges centralisés ont atteint 48,2 millions de dollars en volume sur 24 heures en 2025, le plus élevé de la région. Ces chiffres témoignent de l’ancrage profond de ces canaux pour déplacer de l’argent, notamment pour les remises et les paiements commerciaux transfrontaliers.
Les Nigérians utilisent les stablecoins pour recevoir des transferts et se protéger contre la volatilité du naira, relève le document stratégique de la CBN. Une grande part de cette activité demeure informelle ou en pair-à-pair.
Comment fonctionnera le système de surveillance
Au-delà des nœuds observateurs, la CBN envisage plusieurs mesures coordonnées. Elle prépare l’octroi de licences aux stablecoins adossés à des devises réelles, exige que les réserves soient entièrement séparées et auditées quotidiennement, et évalue un « nœud RegTech » offrant une visibilité directe et continu sur les stablecoins approuvés.
Pour que ce système fonctionne, chaque émetteur licencié devrait intégrer quatre éléments dans son stablecoin. Premièrement, des « crochets de transparence » enregistrant chaque création, destruction ou remboursement de jetons. Deuxièmement, des adresses d’accès régulateur permettant à la CBN de lire les données pertinentes sans modifier les transactions. Troisièmement, un lien vers les réserves : les dépositaires approuvés publieraient des preuves cryptographiquement signées sur la blockchain, comparables à l’offre de jetons en circulation. Quatrièmement, la divulgation du code source et l’approbation de contrats intelligents immuables sans recertification de la CBN.
Les enjeux techniques et financiers
L’approche comporte des défis concrets. Déployer et maintenir des nœuds observateurs augmente les coûts de conformité pour les émetteurs de stablecoins, qui pourraient devoir engager des prestataires de services gérés pour satisfaire aux exigences techniques proposées par la CBN.
Cependant, les données que la CBN souhaite monitorer existent déjà sur la blockchain publique, accessible à tous. La valeur réside dans la structuration et l’indépendance : plutôt que de s’en remettre aux déclarations de l’émetteur, auditeurs externes ou institutions financières, le régulateur obtiendrait une vue continue et fondée sur des preuves du côté chaîne du système stablecoin.
Cette initiative nigériane reflète une tendance régionale plus large. Le Kenya a également annoncé une volonté similaire d’augmenter sa surveillance des actifs numériques, signalant l’importance croissante de ces instruments dans le paysage financier africain.





