Le musée des Confluences de Lyon accueille jusqu’à une date non précisée l’exposition « Au Mali, quand les animaux dansent », une plongée dans l’univers du sogo bō, un théâtre populaire ancestral du centre-ouest du Mali. Cette manifestation met en lumière une tradition inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2014, fragilisée par l’insécurité et les pressions jihadistes dans la région.
Un univers poétique forgé par le bois et les tissus
L’exposition rassemble 110 masques, marionnettes et instruments provenant de la collection privée de Sonia et Albert Loeb, collectionneurs et galeristes. Une centaine de ces pièces ont été données au musée. Le parcours débute par une imposante tête d’antilope de plus de quatre mètres de hauteur, suivie de créations représentant lions, girafes, buffles décorés de boîtes de conserve et éléphants aux teintes éclatantes. Ces œuvres, réalisées à partir de bois, de tissus, de métal et de fibres végétales, incarnent la richesse artistique du sogo bō, dont le nom signifie littéralement « les animaux sortent » en langue bamanan.
Selon Sonia et Albert Loeb, ces créations transcendent leur dimension plastique : « C’est un très ancien spectacle, très poétique, où les animaux représentent les hommes ». Les représentations, accompagnées de chants, de percussions et de mises en scène, jouent un rôle majeur dans la cohésion sociale des communautés locales.
Une pratique ancrée dans les rythmes de vie
Traditionnellement organisés sur les places de village, aux abords du fleuve Niger ou à bord de pirogues, les spectacles du sogo bō mettent en scène des récits fondateurs, des mythes et des scènes du quotidien. Cette pratique est profondément liée aux cycles des populations locales. Le commissaire de l’exposition, Yoann Cormier, souligne que chez les Bamana, peuple agricole, les représentations accompagnent les grandes périodes de récolte. Chez les Bozo, davantage tournés vers la pêche, elles s’articulent autour des grands cycles du fleuve.
Une sauvegarde devenue urgente
Pendant près de 20 ans, Sonia et Albert Loeb ont parcouru les rives du Niger pour collecter objets, témoignages et enregistrements. Ce travail de documentation est devenu crucial : l’insécurité et la pression des groupes jihadistes rendent aujourd’hui de nombreux rassemblements villageois impossibles, menaçant la transmission de cette tradition aux générations futures.
Malgré ce contexte difficile, l’exposition porte une dimension d’espoir. Selon Yoann Cormier, plusieurs festivals internationaux et initiatives locales continuent de nourrir cette pratique, de l’archiver et de la transmettre. Ces efforts maintiennent vivante une tradition qui, au-delà de son rôle artistique, demeure un lien essentiel avec la mémoire et l’identité culturelle des peuples du Mali.
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