Le 12 octobre, le groupe bancaire panafricain Ecobank a franchi une étape stratégique en signant un protocole d’accord avec le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois, le CIPS (Cross-Border Interbank Payment System). Cet accord vise à connecter 34 marchés africains où l’institution est implantée au réseau de paiement en renminbi.
Fluidifier les échanges directs
Actuellement, les transactions commerciales entre l’Afrique et la Chine, qui ont totalisé 348 milliards de dollars en 2025, transitent majoritairement par le dollar américain. Ce processus implique une double conversion — de la monnaie locale vers le dollar, puis du dollar vers le yuan — engendrant des délais supplémentaires et des coûts de change cumulés. L’intégration au CIPS permettrait, à terme, d’établir un lien direct entre les banques africaines et chinoises, simplifiant ainsi les règlements en monnaie chinoise.
Un changement de paradigme monétaire
Au-delà de l’aspect technique, cette initiative souligne une volonté d’autonomie vis-à-vis des infrastructures financières internationales traditionnelles. En s’affranchissant du système de compensation basé à New York, les banques africaines pourraient réduire leur exposition aux contraintes de conformité et aux risques liés aux fluctuations du dollar. Pour Ecobank, présent en Chine depuis 2012, il s’agit de renforcer ses « desks chinois » déjà opérationnels en Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est.
Des défis opérationnels à anticiper
Si l’accord constitue un cadre prometteur, sa mise en œuvre concrète reste à définir. Aucune date de lancement opérationnel n’a été communiquée, le raccordement au CIPS nécessitant un processus rigoureux de conformité et d’accords bilatéraux avec les banques chinoises.
Par ailleurs, des enjeux structurels subsistent. Le yuan n’étant pas une monnaie librement convertible, les transactions restent soumises aux politiques de contrôle des capitaux des pays concernés. De plus, la dépendance au dollar demeure une réalité pour de nombreux importateurs africains, dont la capacité à obtenir des devises étrangères influence directement le taux de change effectif. L’efficacité de ce nouveau corridor dépendra donc de la capacité des acteurs à fluidifier ces échanges sans pour autant occulter les contraintes de liquidité monétaire locales.


