L’intelligence artificielle générative s’impose progressivement comme un outil incontournable au sein de l’enseignement supérieur sénégalais. C’est ce que révèle le rapport « Entre adoption et inquiétude : L’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais », publié le 16 octobre 2026 par le groupe ALIVE de l’Université Numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK).
Une adoption réelle mais contrastée
L’enquête, menée auprès de 5 037 étudiants et 159 enseignants, montre une pénétration significative des outils d’IA. Environ 66,3 % des étudiants et 86,2 % des enseignants déclarent connaître ces technologies. Parmi les utilisateurs, l’usage académique est prédominant, 89 % des étudiants concernés les intégrant dans leur parcours d’apprentissage.
Toutefois, le rapport souligne une fracture numérique persistante. Un tiers des étudiants (33,7 %) ignore encore l’existence ou le fonctionnement de ces outils. Cette disparité touche plus particulièrement les femmes (56,2 % des non-connaisseurs), les étudiants inscrits dans des filières non scientifiques et ceux situés hors de Dakar. De manière surprenante, l’UN-CHK affiche un taux de connaissance de 56,7 %, un chiffre inférieur à la moyenne nationale, illustrant que l’accès au numérique ne garantit pas automatiquement l’appropriation des outils technologiques.
Le défi de l’encadrement institutionnel
Au-delà de l’accès, le document pointe un « fossé normatif ». Plus de la moitié des enseignants (53,3 %) adoptent une position de neutralité, faute de directives claires. Cette absence de cadre officiel est perçue par une partie des étudiants comme une restriction, favorisant des usages discrets et non déclarés. Le Dr Seydina Moussa Ndiaye et son équipe soulignent que cette situation crée une forme d’hypocrisie institutionnelle où l’usage de l’IA est une réalité quotidienne, mais reste largement occulté dans les échanges académiques formels.
L’IA comme bibliothèque de substitution
Dans un contexte où l’accès aux ressources documentaires physiques est parfois limité, l’IA générative devient pour beaucoup une « bibliothèque de substitution ». La recherche documentaire (57,4 % d’usage fréquent) et la rédaction de travaux (44,0 %) sont les activités les plus courantes. Cependant, cette pratique soulève des questions sur la fiabilité des contenus et leur adéquation avec les réalités locales, un biais structurel relevé par 52,1 % des enseignants interrogés.
Vers une stratégie nationale
Face à ces constats, le rapport propose trois trajectoires possibles pour les cinq à dix prochaines années. Le scénario privilégié repose sur une « intégration maîtrisée », nécessitant une intervention volontariste des autorités pour structurer la gouvernance, former les enseignants et démocratiser l’accès aux outils. Le document appelle ainsi à une action collective impliquant l’État, les établissements universitaires et les organisations internationales pour transformer ce défi technologique en levier de réussite académique.



