Aux Comores, une nouvelle tendance numérique bouscule les codes de la musique traditionnelle. Le twarab, genre musical emblématique de l’archipel, voit ses classiques revisités par l’intelligence artificielle (IA), suscitant un vif intérêt sur les réseaux sociaux, notamment TikTok.
Une nouvelle jeunesse pour les classiques
Le phénomène repose sur la réinterprétation de morceaux anciens, parfois vieux de plusieurs décennies. Des créateurs, à l’instar de Nourdadam le Mze, utilisent l’IA pour proposer des versions modernisées de titres cultes, comme « Kessa swifa » d’Issihaka Saandi. Si ces adaptations conservent les paroles et la mélodie originale, elles bénéficient d’un nouvel habillage sonore qui séduit une partie du public.
Pour certains amateurs, cette évolution est une réussite. Yahaya, pianiste au sein d’un orchestre de twarab, souligne l’attrait de ces nouvelles productions : « Actuellement, j’aime bien celles réalisées avec l’intelligence artificielle parce qu’elles contiennent une belle mélodie. Les sons sont bien arrangés, le tempo, ça me plaît vraiment et ça fait vibrer et danser. »
Le défi de la préservation culturelle
Si cette innovation technologique dynamise l’écoute du patrimoine musical, elle soulève également des questions sur la transmission et l’authenticité des œuvres. Abderemane Wadjih, docteur en anthropologie et fondateur de l’orchestre Twarab Ayn, prône une utilisation réfléchie de ces outils numériques.
Pour cet expert, qui œuvre activement à la sauvegarde des musiques oubliées, l’IA ne doit pas être rejetée par principe. « On ne peut pas refuser le progrès », affirme-t-il, tout en traçant une ligne claire : « J’utilise l’IA musicale si elle peut m’aider, par exemple, à ressusciter des mélodies complètement perdues. »
En revanche, Abderemane Wadjih émet une réserve importante concernant le répertoire actuel. Il s’oppose à la transformation des œuvres contemporaines afin de garantir que les générations futures puissent accéder au patrimoine original. « Le but, c’est de préserver ce que nous appelons un patrimoine ou une culture tout en restant ouvert », conclut-il, appelant à un usage de l’IA qui profite à la culture sans en altérer l’essence.
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