En marge du Carbon Markets Africa Summit (CMAS 2026) qui s’est tenu à Kigali en octobre dernier, Moussa Camara, spécialiste du suivi-évaluation du Projet de Restauration des Terres Dégradées au Mali (PRTD-Mali), a exposé la stratégie de cette initiative étatique. Financé par la Banque mondiale à hauteur de 90 milliards de GNF (conversion approximative basée sur 150 millions de dollars), le projet ambitionne de transformer durablement les paysages maliens.
Des résultats concrets sur le terrain
Le PRTD-Mali affiche des objectifs ambitieux : restaurer 400 000 hectares de terres, séquestrer 5 millions de tonnes de CO₂ et offrir de nouvelles opportunités de revenus à plus de 10 000 personnes. À ce jour, les résultats sont encourageants avec plus de 75 000 hectares déjà restaurés grâce à des pratiques de gestion durable. Le nombre de bénéficiaires directs est estimé à plus de 350 000 personnes.
Sur le plan environnemental, le projet a permis une séquestration estimée à 1,53 million de tonnes de CO₂e à fin septembre 2026, un bilan établi via l’outil EX-ACT. Toutefois, Moussa Camara précise que ce volume ne constitue pas encore des crédits carbone certifiés. La transformation de ce potentiel en actifs commercialisables nécessite des étapes rigoureuses : confirmation des données de terrain, établissement de scénarios de référence et application de méthodologies de certification reconnues.
Vers une structuration du marché carbone
Pour franchir cette étape, le PRTD-Mali a élaboré deux notes conceptuelles axées sur la gestion durable des terres et l’aménagement des paysages. L’objectif est désormais de collaborer avec des développeurs de projets pour finaliser les études de faisabilité. Le Mali mise sur la transparence et l’intégrité environnementale, en s’appuyant sur son système national de mesure, de notification et de vérification (MRV) et son registre national du carbone pour éviter tout double comptage, conformément aux règles de l’article 6.
Un modèle économique diversifié
Au-delà du carbone, le projet privilégie une approche économique globale. Moussa Camara souligne que la restauration doit soutenir des filières locales viables. À ce titre, le projet a déjà favorisé la création de 94 « alliances productives » au 16 octobre 2026, dont 62 dans le secteur de la pêche et 32 dans les produits forestiers non ligneux.
Ces alliances visent à structurer les chaînes de valeur en connectant producteurs, transformateurs et acheteurs. En quête de partenaires techniques et financiers, le PRTD-Mali cherche à sécuriser des investissements pour accompagner la certification, la commercialisation et assurer une répartition équitable des revenus au profit des communautés locales, des jeunes et des femmes.





