Africa50, la plateforme d’investissement panafricaine dédiée au financement des infrastructures, a marqué son dixième anniversaire en août à Dar es-Salam en Tanzanie. L’occasion pour Alain Ebobissé, directeur général de l’institution, de réaffirmer une conviction centrale : l’Afrique doit d’abord mobiliser ses propres ressources financières avant de chercher des capitaux externes.
Depuis sa création, Africa50 a injecté 9 milliards de dollars dans 36 projets infrastructurels répartis sur 34 pays africains. Un bilan qui illustre l’ampleur de l’investissement africain dans le développement du continent, même s’il souligne aussi l’immensité des besoins.
Un objectif ambitieux pour la décennie
Alain Ebobissé dessine les contours de la stratégie d’Africa50 pour les dix années à venir. L’institution ambitionne de porter ses actifs sous gestion à 5 milliards de dollars d’ici à 2030. Cet objectif reflète la confiance de la plateforme dans sa capacité à attirer et canaliser des financements au service des projets d’infrastructure critiques du continent.
Cette trajectoire s’inscrit dans une logique d’autonomisation financière : plutôt que de dépendre principalement de bailleurs extérieurs, Africa50 entend consolider une dynamique interne d’épargne et d’investissement africain. Le message de son dirigeant résonne dans un contexte où les institutions multilatérales africaines, notamment la Banque africaine de développement, cherchent à renforcer leur rôle de catalyseur du développement continental.
Un moment clé pour le financement africain
Les 5 et 6 août, Dar es-Salam a réuni plusieurs piliers de la finance et du développement africains. Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, et Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), figuraient parmi les participants. Cette convergence de dirigeants illustre l’importance que revêtent les initiatives de financement continental dans l’architecture économique africaine.
Pour Africa50, le défi consiste à démontrer que les ressources africaines—qu’elles proviennent d’États, de banques régionales, de fonds souverains ou d’investisseurs institutionnels du continent—peuvent suffire à financer une part significative des projets d’infrastructure. Les routes, les ports, les réseaux électriques et les télécommunications qui relient les pays africains constituent autant de vecteurs de commerce intra-africain et de croissance économique.
Une vision pour l’interdépendance économique
La conviction affichée par Alain Ebobissé s’aligne avec les ambitions de la Zlecaf, qui vise à accroître les échanges commerciaux intracontinentaux. Sans infrastructures fiables et modernes, le commerce africain reste entravé. En privilégiant la mobilisation de capitaux africains, Africa50 contribue à transformer cette logique : l’Afrique investit dans l’Afrique, crée de la richesse qui reste sur le continent et renforce l’autonomie décisionnelle des États africains face à leurs défis de développement.
Les 5 milliards de dollars d’actifs visés pour 2030 constituent une étape, non un aboutissement. L’enjeu réside moins dans le chiffre que dans la démonstration qu’une alternative au financement extérieur traditionnel existe et qu’elle fonctionne.





