À Thiawlène, quartier de la commune de Rufisque dans l’ouest du Sénégal, un projet de collecte et de recyclage des déchets a radicalement transformé un ancien dépotoir sauvage en point de traitement communautaire. L’initiative, portée par une équipe environnementale dirigée par Idrissa Thiaw, implique désormais l’ensemble des habitants et montre comment une gestion organisée des ordures peut améliorer l’hygiène et l’économie locale.
Du dépotoir à la ressource
Le site, autrefois délaissé au bord de la mer, accueille aujourd’hui un système de tri à plusieurs étapes. À son arrivée, Idrissa Thiaw décrit le fonctionnement : « Nous procédons à la collecte des déchets à travers nos charrettes qui font un premier tri. Et quand les déchets arrivent, nous faisons un second tri pour séparer le plastique et tout ce qui est élément ferreux. Nous avisons nos repreneurs pour venir collecter les matières valorisables. Il nous arrive de faire la récupération de tout ce qui est biodégradable pour faire du compost. Nous organisons aussi des séances de formation avec nos techniciens en agroécologie, des formations sur les cultures des sols. »
La chaîne de collecte repose sur des collecteurs de terrain, comme Aliou Konaré, qui parcourent les quartiers une à deux fois par semaine avec une charrette. Son travail permet un premier tri à la source : « Chaque matin d’un jour de collecte, je me lève tôt, je prépare la charrette pour me rendre dans les concessions, afin de ramasser les poubelles. Je préviens les femmes à l’avance pour qu’elles les sortent devant leurs portes. Au début, elles jetaient les déchets un peu partout, surtout au bord de la mer. Mais depuis que la zone écologique communautaire (ZEC) existe, on ne voit quasiment plus d’ordures dans les rues. »
L’engagement des femmes, clé du changement
L’initiative s’appuie fortement sur la participation des femmes du quartier, par la sensibilisation et le financement de projets. Fatou Dieng, habitante de Thiawlène, témoigne de cette dynamique : « Ils ont commencé par des séances de sensibilisation pour que les femmes sachent séparer les différents types de déchets. Ils ont aussi offert par la suite à chaque ménage une poubelle. Les femmes sont de plus en plus impliquées parce que la ZEC les aide aussi dans le financement de leurs projets. Cela a encouragé les femmes du quartier à changer de comportement dans la gestion des ordures ménagères. »
Cette implication a produit un changement visible : les rues de Thiawlène restent désormais propres, et les habitants ont adopté progressivement les pratiques de tri enseignées.
Un modèle en quête d’expansion
Le projet a vu le jour grâce à un partenariat entre la mairie de Rufisque et Le Soler, commune française. Forts de ces premiers résultats concentrés sur Thiawlène, Idrissa Thiaw et son équipe envisagent d’étendre ce modèle à l’ensemble de la commune de Rufisque, qui compte plus de 290 000 habitants.
Cette expérience illustre comment l’organisation communautaire, combinée à une stratégie de valorisation des déchets, peut transformer la gestion de l’hygiène urbaine en Afrique de l’Ouest. Elle montre aussi que les solutions efficaces naissent souvent de l’engagement local plutôt que de politiques top-down.





