Le Casablanca Business Forum, réuni le 2 octobre 2026 autour du thème « Africa’s Next Economic Chapter », a placé au centre des débats une question fondamentale : comment l’Afrique peut-elle mieux accéder aux capitaux dans un contexte de compétition mondiale accrue ? Décideurs publics, dirigeants d’entreprises, investisseurs et institutions financières se sont penchés sur les obstacles structurels qui freinent le financement du continent.
Un capital disponible mais mal orienté
Le paradoxe africain est bien identifié : les ressources financières existent, mais elles demeurent difficilement accessibles à la majorité des projets. C’est le constat qu’a dressé Didier Acouetey, conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement pour la nouvelle architecture financière africaine et CEO d’AfricSearch.
Selon lui, l’enjeu ne porte pas uniquement sur la mobilisation de nouveaux capitaux, mais sur la réorganisation des canaux de financement eux-mêmes. Pour résoudre ce problème, la Banque africaine de développement porte la NAFAD, la nouvelle architecture financière africaine pour le développement. Cette approche fonctionne comme un agrégateur de financement, visant à structurer et fluidifier un marché fragmenté où les besoins sont considérables mais l’accès complexe.
« Le capital financier existe, mais il reste difficilement accessible. La NAFAD doit permettre de mieux coordonner les acteurs financiers africains, afin que chacun puisse jouer son rôle et que les différents instruments puissent se compléter plutôt que de fonctionner de manière fragmentée », explique Acouetey.
Rapprocher la finance des entrepreneurs
Élisabeth Moreno, présidente du conseil d’administration de Ring Capital et de Ring Africa, a apporté une perspective complémentaire en insistant sur le décalage entre le monde de la finance et celui des entreprises. Les porteurs de projets africains disposent souvent d’un potentiel de croissance, d’un marché validé et d’une vision claire, mais ne savent pas toujours vers quel interlocuteur se tourner pour obtenir un financement adapté.
Ce manque de proximité crée une barrière supplémentaire. « Les mondes de la finance et du terrain doivent davantage se parler. Beaucoup d’entrepreneurs ne savent pas forcément vers qui se tourner lorsqu’ils cherchent un financement ou un accompagnement », alerte-t-elle.
Pour Moreno, améliorer l’accès aux capitaux exige donc que les acteurs financiers mieux comprennent la réalité concrète des entrepreneurs : développement, structuration, croissance, accès aux réseaux. Il ne s’agit pas seulement d’une question de volumes disponibles, mais de dialogue et de traduction mutuelle entre deux univers qui ne partagent pas toujours le même langage.
Un enjeu stratégique global
Cette double approche — réorganisation institutionnelle et rapprochement terrain — reflète les ambitions plus larges du continent. L’Afrique cherche à ne plus être cantonnée au rôle de destination d’investissement, mais à devenir un acteur majeur des dynamiques économiques mondiales. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, le retour du protectionnisme, les impératifs climatiques et l’accélération technologique, la capacité à attirer et canaliser les capitaux est devenue centrale.
Casablanca Finance City, qui accueille le Forum, illustre cette dynamique. L’écosystème regroupe près de 300 entreprises opérant dans 53 pays africains, représentant 70 nationalités. La plateforme se positionne à l’intersection de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient pour connecter investisseurs internationaux et marchés du continent.
La deuxième édition du Forum intervient à un moment charnière. Entre les besoins croissants des entreprises, les ambitions d’industrialisation, les transformations technologiques et les nouvelles contraintes géopolitiques, la façon dont l’Afrique organise son accès aux capitaux déterminera largement sa capacité à transformer sa position dans l’économie mondiale.





