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Littérature

Léopold Sédar Senghor : plongée dans l’atelier du poète

La chercheuse Claire Riffard explore les archives de Léopold Sédar Senghor pour révéler les méthodes de travail et les sources d'inspiration du poète.

Léopold Sédar Senghor : plongée dans l’atelier du poète

La collection « Dans l’atelier de… », éditée par le CNRS, consacre son dernier volume à l’une des figures majeures de la littérature mondiale : Léopold Sédar Senghor. À travers une exploration minutieuse des archives et manuscrits, la chercheuse Claire Riffard propose une immersion inédite dans le processus créatif du poète et homme d’État sénégalais.

Au-delà de la biographie : le geste d’écrire

Loin d’être une simple biographie, l’ouvrage de Claire Riffard se concentre sur la genèse de l’œuvre. L’autrice souligne l’importance des bibliothèques personnelles de Senghor, réparties entre Dakar, Popenguine, Paris et Verson. Ces espaces ne servaient pas seulement au stockage, mais reflétaient les affinités littéraires et intellectuelles de l’académicien.

Une place centrale est accordée à ce que la chercheuse nomme la « bibliothèque des récits bleus ». Empruntée aux souvenirs d’enfance du poète, cette expression renvoie à l’univers sérère, langue maternelle de Senghor jusqu’à ses sept ans. Claire Riffard démontre comment les sonorités et les scansions de ce « royaume d’enfance » ont durablement imprégné sa poésie, façonnant sa vision de la négritude.

La quête d’une nouvelle poétique

Le livre revient sur les interrogations des spécialistes concernant les premiers écrits de Senghor. Si le recueil Chants d’ombre (1935-1942) est souvent considéré comme le point de départ, le poète avait commencé à écrire dès ses années de lycée. Selon Claire Riffard, Senghor aurait écarté ses essais de jeunesse, les jugeant trop influencés par le romantisme et le symbolisme français. Son ambition était de forger une poétique nouvelle, capable de lier la tradition française à l’héritage sérère.

L’art du « striquage »

L’ouvrage met en lumière la rigueur du travail de réécriture de Senghor. Le poète utilisait le terme « striquage », emprunté au tissage, pour décrire l’étape de retouche et d’embellissement suivant le premier jet. Ce processus visait à parfaire le rythme et la précision des métaphores.

À titre d’exemple, l’autrice analyse le manuscrit du Chant pour Yassine Mbaye. Elle y détaille comment Senghor a cherché, par un travail de précision lexicale, à traduire au plus juste l’émotion visuelle suscitée par l’athlète sénégalaise, allant jusqu’à puiser dans la langue sérère avant de privilégier des images comme celle du « bronze huilé ».

Enfin, le livre consacre des pages émouvantes aux Élégies, notamment celle dédiée à Georges Pompidou. Ce texte témoigne de la profondeur de l’amitié entre les deux hommes, nouée lors de leurs études parisiennes et entretenue tout au long de leurs parcours respectifs.

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