Le groupe énergétique Eni a franchi une étape clé dans ses opérations offshore en Libye avec l’achèvement du projet de récupération du gaz de Bouri. Cette infrastructure, conçue pour capter le gaz jusqu’ici brûlé à la torche, marque un tournant industriel majeur pour le pays.
Une stratégie de rentabilité avant tout
Si l’initiative permet d’éviter l’émission d’environ 1,5 million de tonnes de CO2 par an, les motivations derrière cet investissement sont avant tout économiques. Selon les données disponibles, environ 700 millions de mètres cubes de gaz seront désormais récupérés annuellement. Pour Eni, cette ressource représente une valeur ajoutée concrète, transformant une perte opérationnelle en un actif commercialisable.
Dans un contexte où la Libye cherche à stabiliser son économie, ce gaz dispose de deux débouchés stratégiques : alimenter le réseau électrique national, dont les carences restent un défi majeur, ou être exporté vers l’Europe via le gazoduc GreenStream, qui relie la Libye à la Sicile.
Le compteur comme moteur du changement
L’arrêt du torchage à Bouri illustre une logique de marché : tant que le gaz n’avait pas de débouché solvable, sa combustion était perçue comme un simple bruit de fond industriel. En créant une infrastructure de collecte, Eni transforme ce gaz en une créance sécurisée. Cette approche est au cœur des 10 milliards de dollars investis par le groupe italien dans trois projets gaziers libyens, incluant également le projet de compression de Sabratha et les structures A&E.
Eni, premier opérateur étranger en Libye avec une production moyenne de 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025, joue ici un rôle de stabilisateur industriel. En s’appuyant sur un cadre contractuel solide avec la National Oil Corporation (NOC), l’entreprise parvient à maintenir un calendrier de développement malgré les incertitudes institutionnelles du pays.
Les défis du modèle économique
Malgré cette avancée technologique, la viabilité du projet reste suspendue à une question centrale : le paiement de l’énergie. Le système électrique libyen, marqué par des subventions massives et une facturation publique complexe, peine à assurer une rentabilité réelle. Si le gaz récupéré alimente les turbines locales, la capacité de l’État à honorer ses engagements financiers envers l’opérateur sera le véritable indicateur de succès de cette initiative.
En définitive, le projet de Bouri démontre que la réduction des émissions de gaz à effet de serre peut s’aligner avec les intérêts financiers des acteurs énergétiques. Pour le continent africain, ce modèle souligne l’importance de l’infrastructure gazière comme levier d’électrification et d’exportation, à condition que les cadres contractuels garantissent la pérennité des investissements.



