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Afrique de l'Est

SkincAIr : une IA dermatologique au service des zones rurales

Le projet SkincAIr, présenté à Kigali, déploie une IA dermatologique gratuite dans cinq pays africains pour diagnostiquer les maladies tropicales négligées.

SkincAIr : une IA dermatologique au service des zones rurales

Lors de la conférence NNN 2026 dédiée aux maladies tropicales à Kigali, le projet SkincAIr a dévoilé ses premiers résultats. Cette initiative, portée par la firme Sherwood Science et pilotée par l’ingénieure Carla Rodríguez, ambitionne de transformer le dépistage des maladies cutanées dans cinq pays africains : le Kenya, le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Sénégal et l’Éthiopie.

Un déploiement axé sur les besoins ruraux

Le projet repose sur une collecte de données de terrain ambitieuse. À ce jour, 780 patients ont été suivis par 23 dermatologues, permettant de constituer une base de près de 6 000 images. L’objectif est de couvrir 74 affections cutanées, incluant des maladies tropicales négligées, des pathologies fréquentes et des échantillons de peau saine. Ce travail vise particulièrement les populations éloignées des centres hospitaliers, où certaines maladies, comme l’ulcère de Buruli ou la lèpre, sont rarement diagnostiquées.

Pour garantir la fiabilité de l’outil, SkincAIr a mis en place un protocole rigoureux. À partir de mars 2028, une phase de test d’un an sera menée dans les centres de santé de première ligne au Kenya, au Sénégal et en Éthiopie. Cette période alternera des phases avec et sans assistance de l’IA pour mesurer l’impact réel sur la pratique des soignants. L’application intègre également une exigence éthique stricte : le consentement éclairé est systématiquement recueilli en langue locale avant toute activation de la caméra.

Un modèle économique tourné vers le public

Contrairement aux modèles classiques de l’industrie médicale, SkincAIr ne prévoit pas de facturation pour les patients ou les ministères de la Santé. Selon Carla Rodríguez, cette stratégie répond à une contrainte de terrain : les zones rurales ciblées ne disposent pas de moyens financiers pour acquérir des solutions onéreuses. En proposant un outil gratuit et une base de données en accès libre, l’entreprise cherche à éviter la dépendance des systèmes publics vis-à-vis de fournisseurs privés.

Cependant, le projet soulève des questions sur la pérennité et la gouvernance des données. Si les ministères des cinq pays partenaires ont exprimé leur intérêt pour une intégration dans leurs systèmes publics, la structure du financement — assuré par douze partenaires africains et européens — et la propriété finale du corpus de données restent des points de vigilance. La question centrale demeure : qui contrôlera, à terme, cette base de données sur les peaux noires, essentielle pour la recherche dermatologique mondiale ?

La validation clinique complète du dispositif est attendue pour 2029. D’ici là, SkincAIr poursuit son travail de terrain, misant sur une approche collaborative pour pallier le manque d’accès aux soins dermatologiques dans les régions les plus isolées du continent.

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