Le secteur du mobile money au Togo a enregistré un volume de transactions atteignant 4 435,3 milliards de FCFA en 2025, selon les données du tableau de bord de l’inclusion financière de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce chiffre, en progression de 7,9 % sur un an, témoigne d’une activité soutenue, mais nécessite une lecture attentive pour en comprendre la réalité économique.
Une prédominance des flux d’espèces
L’analyse détaillée des opérations révèle que le système fonctionne majoritairement comme un circuit de conversion entre espèces. En 2025, les dépôts et les retraits en liquide ont représenté 59,2 % de la valeur totale des transactions. Concrètement, 1 332,6 milliards de FCFA ont été déposés et 1 292,3 milliards de FCFA ont été retirés. Ce mécanisme de « cash-to-cash » signifie que l’argent circule sous forme physique avant et après son passage sur les comptes électroniques.
La BCEAO souligne que le volume global des transactions comptabilise chaque étape d’un flux financier. Ainsi, un même montant faisant l’objet de plusieurs opérations successives est additionné à chaque mouvement. Cette méthode de calcul mesure l’intensité de la circulation monétaire plutôt que le volume réel de l’épargne ou du crédit généré par ces outils.
Un taux d’activité élevé, mais une valeur unitaire limitée
Avec 5,69 millions de comptes actifs sur un total de 10,45 millions d’enregistrements, le Togo affiche un taux d’activité de 54,48 %. Ce niveau place le pays au deuxième rang au sein de l’UEMOA, derrière la Guinée-Bissau. Toutefois, la BCEAO précise que ce taux, basé sur une activité minimale au cours des 90 derniers jours, ne reflète pas nécessairement la fréquence d’utilisation réelle ni le nombre d’utilisateurs uniques, une même personne pouvant détenir plusieurs portefeuilles électroniques.
Le paradoxe togolais réside dans cet écart entre le nombre de comptes et la valeur générée. Bien que le pays concentre 6,14 % des comptes actifs de l’Union, il ne représente que 2,02 % de la valeur totale des transactions régionales. À titre de comparaison, la croissance du volume de transactions au Togo (7,9 %) reste nettement inférieure à la moyenne de l’UEMOA, qui a progressé de 39,7 % sur la même période.
Vers une intégration bancaire à renforcer
Le lien entre le mobile money et le secteur bancaire traditionnel demeure étroit. Les transferts entre comptes bancaires et portefeuilles électroniques s’élèvent à 207,1 milliards de FCFA, soit 4,7 % de la valeur totale des transactions. Si cette passerelle existe, elle reste modeste au regard du crédit intérieur au secteur privé, qui représente 23 % du PIB togolais selon les estimations de la Banque mondiale pour 2025.
Ces indicateurs posent la question de la contribution réelle du mobile money au financement de l’économie nationale. L’absence de données publiques sur les commissions perçues, la part des fonds restant sur le territoire ou la transformation des dépôts en crédits bancaires laisse entrevoir les prochains enjeux de régulation. L’évolution du secteur pourrait désormais se concentrer sur l’exigence d’une plus grande transparence et sur une meilleure intégration de ces flux dans le système financier formel.



