Sur l’archipel du Cap-Vert, la musique n’est pas qu’un divertissement : c’est un vecteur d’identité, un reflet des îles et de leurs histoires. Juliata Cohen en est une incarnation contemporaine. La chanteuse capverdienne a marqué les esprits lors de l’Atlantic Music Expo, le grand marché musicien qui s’est tenu à Praia en avril, transformant cette plateforme en tremplin vers une reconnaissance continentale.
Un marché régional au service des talents émergents
L’Atlantic Music Expo n’est pas un événement ordinaire. Fondé pour créer un espace de rencontre entre artistes, producteurs et investisseurs de la région, ce salon concentre chaque année des centaines de professionnels de l’industrie musicale. Pour un archipel de moins de 600 000 habitants, c’est un atout précieux : exposer ses talents au-delà des frontières nationales, accéder à des partenariats de distribution, négocier des contrats de production.
Le Cap-Vert, c’est aussi la musique morna et la coladeira, genres emblématiques nés de l’histoire insulaire. Mais les artistes d’aujourd’hui, comme Juliata Cohen, ne s’y enferment pas. Ils fusionnent, innovent, métissent ces racines avec des influences contemporaines — pop, soul, afrobeat — pour fabriquer une voix propre, reconnaissable sur les scènes africaines et internationales.
Une trajectoire qui parle aux créateurs du continent
Que Juliata Cohen soit parvenue à se faire remarquer dans un tel cadre dit quelque chose de l’état de la création musicale en Afrique de l’Ouest. Les festivals et les marchés dédiés se multiplient — du Felabration à Lagos au Festival sur le Niger au Mali — et chacun remplit une fonction : briser l’isolement des artistes locaux, créer des réseaux, faciliter l’accès aux outils de production et de diffusion moderne.
Pour un créateur guinéen, malien ou sénégalais, ces événements posent un principe fondateur : l’excellence existe ici, elle n’attend qu’une plateforme. C’est un message que les industries créatives africaines répètent avec force depuis une décennie. Les revenus de la musique en Afrique subsaharienne progressent — streaming, concerts, synchronisation — et les jeunes talents savent qu’inventer localement, c’est aussi préparer son déploiement continental puis mondial.
Au-delà de la scène : un écosystème à consolider
La visibilité d’une Juliata Cohen soulève cependant des questions plus larges : quels sont les réseaux de distribution qui suivent ? Quels investisseurs locaux soutiennent les productions numériques ? Comment transformer une reconnaissance d’expo en revenus durables, en tournées, en catalogue enregistré ?
Le Cap-Vert, avec son tourisme côtier florissant, dispose d’une base de public non négligeable. Les îles attirent chaque année des visiteurs venus notamment de l’Europe lusophone. C’est une ressource : des concerts, des résidences d’artistes, des partenariats hôteliers. Mais il faut une infrastructure locale — studios de qualité, labels indépendants, capacités de booking et de promotion — qui demeure fragile.
Le modèle africain des pépites en mouvement
Ce qui se joue avec des talents comme Juliata Cohen, c’est l’émergence d’un nouveau paradigme : l’Afrique produit ses propres stars, ses propres récits, ses propres stratégies de succès. Fini le temps où il fallait partir en Europe ou aux États-Unis pour être « légitime ». Les artistes construisent d’abord un socle régional, se battissent un catalogue sur les plateformes de streaming, se taillent une réputation lors de festivals continentaux, puis envisagent l’international de position de force.
L’Atlantic Music Expo, dans cette logique, n’est qu’une étape. Ce qui comptera vraiment, ce sera de suivre si Juliata Cohen transforme cette visibilité en projets : album, tournée, synchronisations, collaborations avec d’autres artistes du continent. Le monde des créateurs africains se regarde, s’inspire, se passe les noms. Une réussite au Cap-Vert nourrit l’espoir en Guinée, au Sénégal, au Bénin.



