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Économie

Ouest-Afrique : rendre les PME investissables, clé du déverrouillage financier

Théodore Ganfle, directeur général de la SGI-AGI, analyse le paradoxe ouest-africain : liquidités abondantes mais PME sous-financées. Pour lui, la solution n'est pas de créer du capital, mais de structurer les entreprises pour les rendre investissables. Répondre aux standards de gouvernance et de transparence exigés par les investisseurs devient la clé du déverrouillage financier régional.

Ouest-Afrique : rendre les PME investissables, clé du déverrouillage financier

L’Ouest-Afrique dispose de liquidités abondantes. Pourtant, ses petites et moyennes entreprises demeurent chroniquement sous-financées. Ce paradoxe révèle moins un manque de capital qu’une rupture structurelle : les projets proposés ne répondent pas aux standards exigés par les investisseurs.

C’est le diagnostic que formule Théodore Ganfle, directeur général de la SGI-AGI basée à Cotonou au Bénin. Selon lui, le véritable blocage se situe « à l’intersection entre l’offre de capitaux et la qualité des projets présentés ». Les banques disposent de ressources, les investisseurs institutionnels gèrent des volumes importants d’actifs, et la diaspora transfère chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars vers l’Afrique. Mais les PME manquent souvent des outils de gouvernance, de reporting financier et de transparence que tout investisseur prudent exige avant de s’engager.

Structurer avant de financer

La solution réside donc dans une préparation préalable des entreprises. « La question n’est pas seulement de trouver du capital, mais de rendre les entreprises investissables », affirme Théodore Ganfle. Il ne s’agit pas de créer du capital ex nihilo, mais de construire des ponts entre l’épargne disponible et les besoins réels des PME, notamment par le capital-développement, la dette privée et la titrisation.

Les marchés de capitaux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont longtemps concentré leur activité sur le financement des États et des très grandes entreprises. Cette vocation initiale explique, selon Théodore Ganfle, pourquoi ils restent perçus comme des espaces réservés aux élites. L’absence de produits adaptés au grand public et l’accessibilité limitée pour les PME ont renforcé cette perception.

La diaspora : un potentiel sous-exploité

La diaspora représente un levier considérable, mais encore peu mobilisé. Le dirigeant ne l’attribue pas à une frilosité systémique face aux investissements locaux, mais plutôt à un défaut d’offre : les instruments financiers proposés manquent de simplicité, de clarté et de sécurité perçue. « La diaspora et les grandes fortunes investissent lorsqu’elles ont confiance dans les projets, dans les équipes dirigeantes et dans les mécanismes de protection de leurs investissements », souligne Théodore Ganfle. Des produits lisibles, adossés à des projets concrets — industrialisation, infrastructures — pourraient débloquer cette épargne dormante.

Barrières réglementaires et digitales

Sur le plan institutionnel, Théodore Ganfle salue les avancées portées par le régulateur, notamment l’Instruction 57 de l’Autorité des marchés financiers de l’UEMOA sur la bourse en ligne, qui a démocratisé l’accès au marché, ainsi que l’Instruction 65 sur les normes prudentielles, renforçant les fonds propres des sociétés de gestion. Cependant, le véritable défi réside dans l’accompagnement de la digitalisation. L’AMF-UMOA doit encadrer et sécuriser l’ouverture de comptes en ligne pour permettre aux SGI de répondre à la demande de la diaspora en toute conformité.

Au-delà de la régulation, une harmonisation du cadre fiscal régional s’impose pour offrir aux investisseurs la visibilité nécessaire, tandis qu’un levier incitatif fort encouragerait les entreprises systémiques — cimenterie, télécommunications, mines, énergie — à s’ouvrir au marché financier pour financer l’économie régionale.

Responsabilité partagée en matière de pédagogie

Les intermédiaires financiers portent une responsabilité collective dans le déficit d’éducation financière de la région. Théodore Ganfle l’assume explicitement : au-delà de l’exécution d’ordres, le rôle des SGI consiste à créer la confiance, à éduquer et à construire une culture de marché durable. Trop souvent, les acteurs du marché ont adopté une posture passive, attendant que les populations, PME et diaspora s’intéressent spontanément à la finance sans effort de vulgarisation.

C’est dans ce contexte que le Capital Reach Forum, que Théodore Ganfle pilote, se tiendra les 26 et 27 octobre à Cotonou. Cet événement vise à démythifier la finance, à créer des passerelles entre entrepreneurs, investisseurs et diaspora, et à démontrer que le dynamisme de l’Ouest-Afrique ne se concentre pas uniquement à Abidjan, Dakar ou Lagos. La finance de proximité se traduit concrètement en répondant aux besoins de base de l’entrepreneur : financer une usine, développer son activité ou conquérir un nouveau marché — bien avant de lui proposer une titrisation.

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La rédaction de Fameen News

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