Les fonds souverains africains connaissent des destins contrastés. Au Maroc comme au Gabon, ces outils stratégiques de gestion du patrimoine national se heurtent à des obstacles structurels qui interrogent leur pertinence et leur efficacité à l’échelle du continent.
Ithmar Capital, dix ans de quête identitaire
Le fonds marocain Ithmar Capital a traversé une refonte substantielle il y a dix ans. Depuis, il cherche encore sa véritable vocation stratégique. Créé pour consolider et dynamiser le portefeuille d’actifs publics du Maroc, ce fonds souverain peine à se positionner comme un levier crédible de développement économique. Les enjeux sont clairs : définir une stratégie d’investissement cohérente, renforcer la transparence de sa gouvernance et démontrer son impact concret sur la création de valeur au service de l’économie marocaine.
Ce flottement reflète une tension récurrente dans la conception des fonds souverains africains. Entre ambition de participation active aux secteurs stratégiques et prudence face aux risques de mauvaise gestion, les dirigeants peinent à stabiliser un modèle opérationnel qui rallie les parties prenantes — État, secteur privé, investisseurs institutionnels.
Le Gabon sort des ombres de la prédation
Au Gabon, le Fonds gabonais d’investissements souverains (FGIS) engage une rupture plus radicale. Hérité des décennies Bongo, ce fonds a longtemps servi de véhicule opaque pour détourner les ressources publiques. La transition politique de 2023 a ouvert un espace pour reconstituer sa crédibilité et réorienter ses missions vers l’intérêt général.
Cette correction est capitale pour la région. Elle signale qu’une gestion responsable des rentes pétrolières est possible, même après des années de détournement. Elle offre aussi un modèle — imparfait mais réel — de reconstruction institutionnelle que d’autres États producteurs de pétrole pourraient observer.
Un défi continental : l’efficacité des fonds souverains
Ces deux cas soulèvent des questions qui dépassent les frontières nationales. L’Afrique dispose de plus de 20 fonds souverains, de la Libye à la Mauritanie, du Nigeria au Botswana. Rares sont ceux qui répondent vraiment aux attentes : diversification des économies, financement des infrastructures, création d’emplois durables. Beaucoup servent de dépôts de fonds sans stratégie claire, quand ils ne deviennent pas des instruments de détournement ou des sanctuaires de placements immobiliers à l’étranger.
La Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine planchent depuis plusieurs années sur des standards de gouvernance pour ces institutions. Les principes de Santiago — cadre international de bonnes pratiques — existent, mais leur application inégale sur le continent laisse chaque fonds inventer sa propre route, souvent avec des résultats décevants.
Des leçons pour les économies en transition
Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, dont la Guinée, l’expérience marocaine et gabonaise enseigne une réalité : un fonds souverain ne vaut que par trois piliers inégociables. D’abord, une stratégie d’investissement explicite, arrimée aux priorités de développement national. Ensuite, une gouvernance imperméable aux jeux politiques et aux appétits clientélistes. Enfin, une transparence qui rend des comptes régulièrement aux citoyens et aux autorités de contrôle.
La question n’est donc pas de créer un fonds souverain de plus, mais de se demander si les institutions existantes disposent de la structure, de l’indépendance et de la compétence pour le piloter utilement. C’est à cette exigence que se mesure l’ambition africaine de maîtriser son avenir économique.





