Le paysage des paiements numériques au Kenya s’apprête à connaître une nouvelle dynamique. Airtel Mobile Commerce N.V., la filiale fintech d’Airtel Africa, a annoncé le lancement prochain d’une carte de paiement virtuelle développée en partenariat avec Mastercard. Ce service, intégré directement aux portefeuilles Airtel Money, vise à faciliter les transactions sur les plateformes internationales.
Une réponse aux besoins du commerce numérique
Cette initiative permet aux utilisateurs d’Airtel Money de régler des achats sur des sites mondiaux, tels qu’Amazon ou Netflix, sans nécessiter l’ouverture d’un compte bancaire traditionnel. En proposant cette solution, Airtel cherche à capter une part du marché des dépenses en ligne, un segment actuellement dominé par M-PESA GlobalPay, le service de carte virtuelle Visa lancé par Safaricom en 2022.
Le modèle choisi par Airtel repose sur une approche prépayée : le client doit transférer des fonds de son portefeuille principal vers la carte virtuelle avant chaque transaction. Cette méthode offre aux utilisateurs un contrôle accru sur leur budget dédié aux abonnements et aux achats en ligne, en cloisonnant les dépenses.
Un marché en pleine mutation
La concurrence entre les deux opérateurs reflète l’évolution du secteur du mobile money au Kenya. Selon les données de la Communications Authority of Kenya, la part de marché de M-PESA s’élevait à 88,8 % en juin 2026, contre près de 95 % en 2023. Sur la même période, Airtel Money a vu sa présence progresser pour atteindre 11,1 %.
Au-delà de la simple carte, l’enjeu pour ces acteurs est de fidéliser les utilisateurs à travers des services complémentaires. Safaricom, par exemple, intègre son service de découvert « Fuliza » à sa carte GlobalPay, permettant aux clients éligibles de finaliser un paiement même en cas de solde insuffisant. De son côté, Airtel mise sur son expérience régionale, ayant déjà émis plus de 875 000 cartes virtuelles en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie depuis 2025.
Le paiement international comme levier de croissance
Pour les opérateurs télécoms, les transactions internationales représentent un gisement de revenus stratégique, notamment face à la pression sur les marges des services domestiques. La conversion de devises et les paiements marchands à l’étranger constituent des relais de croissance essentiels.
À titre d’exemple, les activités de paiements internationaux de Safaricom ont généré 4,76 milliards de KES (environ 37,2 millions de dollars) lors de l’exercice clos en mars 2026, marquant une hausse de 22,3 % sur un an. Airtel Africa, de son côté, a enregistré 1,3 milliard de dollars de revenus pour son activité mobile money sur l’ensemble de ses 14 marchés africains. Le succès de cette nouvelle offre au Kenya dépendra désormais de la compétitivité des tarifs appliqués, notamment en ce qui concerne les frais de change et la transparence des coûts de transaction.




