Avec plus de 230 structures réparties sur le continent, les zones économiques spéciales (ZES) s’imposent comme un levier majeur pour stimuler l’industrialisation et l’emploi. En Afrique du Sud, qui en compte 12, le modèle fait l’objet d’une évaluation attentive, marquée par des succès opérationnels et des défis structurels persistants.
Coega : un exemple de logistique industrielle
La zone de Coega, située près de Port-Elizabeth, illustre la complexité de ce modèle. Établie au début des années 2000, elle demeure la plus vaste du pays. Pour des entreprises comme Coega Packing, la localisation est un atout stratégique. Son directeur, Russell Stead, souligne l’importance de la proximité portuaire et de la qualité des infrastructures pour traiter entre 1 000 et 1 500 cartons de fruits par heure, destinés aux marchés internationaux.
Le site bénéficie également de la présence du port en eaux profondes de Ngqura. Selon Angélique Swartbooi, représentante de l’autorité portuaire Transnet, le terminal à conteneurs affiche une capacité potentielle de deux millions d’EVP (équivalent vingt pieds), avec une exploitation actuelle atteignant 1,2 million d’EVP. La zone a par ailleurs attiré des investissements industriels internationaux, notamment dans l’assemblage automobile avec les groupes chinois BAIC et FAW.
Des défis de rentabilité et d’attractivité
Malgré ces implantations, le développement global des ZES sud-africaines suscite des interrogations. En 2025, le site de Coega employait 11 000 personnes, mais de vastes parcelles restent inoccupées, faute de projets concrets. Anthony Black, professeur émérite d’économie à l’université du Cap (UCT), pointe du doigt une efficacité limitée : « Ce genre de programmes n’a pas rencontré un grand succès dans sa capacité à attirer des volumes importants d’investissements. »
L’économiste souligne également que les coûts élevés liés aux infrastructures et au soutien public, couplés à des incitations fiscales jugées peu attractives, pèsent sur la viabilité du modèle. Il reste, selon lui, difficile de distinguer les investissements réellement générés par ces zones de ceux qui auraient eu lieu sans ces dispositifs spécifiques.
Vers une nouvelle dynamique financière
Les données récentes apportent un éclairage sur la gestion publique de ces espaces. Un rapport de la Banque mondiale indique qu’entre 2016 et 2024, les autorités sud-africaines ont investi plus d’un milliard d’euros dans ces zones. Si l’année 2024 a marqué une étape importante avec des recettes dépassant pour la première fois les dépenses, le chemin reste long pour atteindre les ambitions initiales de développement industriel du pays.



