Lors de l’adjudication du 23 octobre 2026, l’État sénégalais a mobilisé 55 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics, dépassant son objectif initial de 50 milliards. Si l’opération a suscité un intérêt marqué avec un taux de couverture de 138,75 %, les conditions financières de cette levée de fonds soulèvent des interrogations sur le coût réel du financement souverain.
Des rendements en hausse
Les rendements moyens pondérés observés lors de cette séance atteignent 8,06 % pour les bons du Trésor à un an, 8,01 % pour les obligations à trois ans et 8,24 % pour celles à cinq ans. Cette dernière échéance a enregistré une progression de 42 points de base par rapport à l’adjudication du 9 octobre, où le taux s’établissait à 7,82 %. Ces niveaux, bien supérieurs au taux directeur de 3 % fixé par la BCEAO, interpellent les observateurs économiques.
Le professeur Amath Ndiaye, de la FASEG-UCAD, souligne que si la dégradation des finances publiques justifie une prime de risque, elle ne suffit pas à expliquer seule l’ampleur de ces rendements. Le projet de loi de finances rectificative 2026 prévoit en effet un déficit budgétaire porté à 7,6 % du PIB, contre 5,4 % initialement, sous l’effet notamment de la hausse des subventions énergétiques, passées de 250 à 790,3 milliards de FCFA.
Le paradoxe de l’appel public à l’épargne
Un contraste saisissant apparaît avec le récent appel public à l’épargne, clôturé le 13 octobre 2026. Le Sénégal y a mobilisé 338,2 milliards de FCFA, dépassant largement l’objectif de 200 milliards. Dans ce cadre, les taux nominaux proposés étaient nettement plus modérés, s’échelonnant de 6,40 % à trois ans à 6,95 % à dix ans. Cet écart entre les deux modes de financement invite à une réflexion sur le fonctionnement concurrentiel du marché régional.
Vers une régulation du marché ?
Le débat porte désormais sur l’équilibre entre les avantages prudentiels dont bénéficient les titres publics — notamment une pondération de risque de 0 % pour les banques selon le dispositif prudentiel de l’UMOA — et la nécessité de préserver la soutenabilité de la dette. Pour le professeur Ndiaye, il ne s’agit pas de supprimer les mécanismes de marché, mais d’envisager une régulation capable de corriger les excès, à l’instar de ce qui est pratiqué pour d’autres biens essentiels.
À terme, la stabilisation du coût de la dette sénégalaise reposera sur la crédibilité du redressement budgétaire, notamment via le Plan de redressement économique et social (PRES) et le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). L’enjeu pour l’UEMOA demeure de concilier discipline budgétaire des États et solidarité financière au sein de l’Union.




