Avec la sortie de son second album intitulé Spirits, le producteur malgache Antsa Arimalala, plus connu sous le nom d’Encoder Experiment, propose une œuvre qui dépasse le cadre de la simple création musicale. À 34 ans, l’artiste originaire d’Antananarivo s’affirme comme un véritable archiviste sonore, fusionnant les textures électroniques contemporaines avec les racines culturelles de Madagascar.
Un voyage sonore le long de la RN7
Le projet Spirits est le fruit de deux années de travail, initiées par une expédition à travers le Grand Sud de l’île. En parcourant la célèbre route nationale 7, de la région des Hautes Terres jusqu’au sud-ouest, l’artiste a réalisé un important travail de field-recording. Il a capté les paysages sonores, les voix et les ambiances de communautés éloignées de la capitale, intégrant ces enregistrements organiques à ses compositions électroniques.
« L’album retrace tout le voyage le long de la RN7, mais aussi toutes les émotions que j’ai ressenties sur le terrain », explique l’artiste. Cette démarche, qu’il qualifie d’« ethno-électronique », permet de conserver des sons rares, créant ainsi un patrimoine numérique qui ancre la culture malgache dans le temps.
Symbolisme et transmission
Chaque morceau de l’album est méticuleusement construit autour d’un symbole, d’une matière ou d’un objet lié à l’identité malgache. Le titre Tsodrano, par exemple, réinterprète une bénédiction traditionnelle à travers des éléments vocaux antandroy. L’omniprésence du rouge, couleur historique du royaume de Madagascar et symbole de puissance, imprègne également l’univers visuel du projet, de la pochette aux performances scéniques.
Pour Antsa Arimalala, la musique est un vecteur de lien — le « rohy » en malgache — entre les générations et les territoires. À travers ses 12 titres, il célèbre l’unité, la solidarité et la diversité des dix-huit ethnies de l’île.
Un écosystème créatif
Le parcours d’Encoder Experiment, débuté en 2020 après des années d’apprentissage en autodidacte, a bénéficié de soutiens structurants. L’artiste a été accompagné par le collectif BSKMG, qui œuvre pour la scène indépendante malgache, ainsi que par le programme ONY, une initiative lancée par le rappeur Orelsan et Ahélya Randriambolaina.
Après avoir marqué les esprits lors du festival IOMMa à La Réunion en juin dernier, le producteur envisage désormais de porter son projet en tournée à travers Madagascar. Plus qu’une simple sortie discographique, Spirits s’impose comme une exploration continue, où l’expérimentation demeure le moteur principal d’une démarche tournée vers la préservation de la mémoire collective.
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