Le paysage énergétique africain traverse une phase de mutation stratégique. Alors que le milliardaire nigérian Aliko Dangote insuffle une nouvelle dynamique à la transformation locale du pétrole, les géants mondiaux du secteur, tels que TotalEnergies, Shell et BP, semblent maintenir une distance prudente vis-à-vis de cette filière sur le continent.
Un secteur en pleine effervescence
L’inauguration du complexe industriel de Dangote Industries à Ibeju-Lekki, près de Lagos, marque un tournant. En intégrant une raffinerie de pétrole et une unité de production d’engrais, cet investissement d’envergure repositionne le raffinage au cœur des enjeux industriels africains. Cette initiative contraste avec la posture adoptée par les majors internationales, qui privilégient historiquement d’autres segments de la chaîne de valeur.
La stratégie des majors face aux marges
Pour les mastodontes pétroliers, l’année 2026 s’annonce particulièrement lucrative. Le contexte géopolitique actuel, marqué par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations logistiques liées à la fermeture du détroit d’Ormuz, a provoqué une flambée des prix des hydrocarbures. Cette conjoncture favorise une envolée des marges de raffinage, définies comme l’écart entre le coût d’achat du brut et le prix de vente des produits raffinés.
Pourtant, malgré ces indicateurs financiers favorables au niveau mondial, les grandes compagnies pétrolières ne semblent pas prioriser le développement de capacités de raffinage sur le sol africain. Cette tendance s’observe alors que le continent dispose d’acteurs historiques comme la Société ivoirienne de raffinage (SIR), la Société nationale de raffinage (Sonara) au Cameroun ou encore la Société Africaine de Raffinage (SAR) au Sénégal.
Des choix d’investissement sélectifs
Le désintérêt relatif des majors pour le raffinage en Afrique souligne une divergence de vision. Tandis que les investisseurs privés locaux, à l’instar de Dangote, misent sur l’intégration verticale pour sécuriser l’approvisionnement et capter la valeur ajoutée sur place, les majors internationales concentrent leurs ressources sur des actifs qu’elles jugent plus en adéquation avec leurs objectifs de rentabilité à long terme. Cette situation illustre une reconfiguration profonde du secteur énergétique africain, où la souveraineté industrielle devient un moteur porté par des acteurs nationaux et régionaux déterminés.





