Le makossa, ce style musical emblématique du Cameroun, connaît une nouvelle vie. Ngalle Jojo, figure discrète mais fondamentale de ce genre, voit son premier album Na Bo Ndedi réédité par le label Celluloïd Records. Un moment symbolique pour célébrer non seulement un artiste oublié, mais aussi l’héritage vibrant des musiques d’Afrique centrale.
Un pionnier de Douala retrouvé
Musicien camerounais discret, Ngalle Jojo incarne une part souvent méconnue de l’histoire du makossa. Basé à Douala, cœur battant du genre, il a contribué à façonner et à diffuser ce style auprès d’une audience internationale, bien avant que le makossa ne devienne l’un des symboles musicaux du Cameroun. Sa réédition par Celluloïd Records, acteur majeur de la préservation des musiques africaines, témoigne d’un intérêt renouvelé pour les archives sonores du continent.
Cette redécouverte intervient dans un contexte où les industries créatives africaines bénéficient d’une attention croissante. La Commission de l’Union africaine et diverses structures régionales, dont la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), reconnaissent désormais les industries créatives — musique, cinéma, arts visuels — comme leviers de développement économique et d’intégration régionale.
Le makossa : un vecteur d’intégration culturelle
Le makossa, né des rues de Douala dans les années 1950, est bien plus qu’un genre musical : c’est une expression identitaire. Son rythme syncopé, ses textes souvent en pidgin anglais et en français, sa fusion de l’afrobeat, du highlife et des influences urbaines, en font un ambassadeur culturel majeur du Cameroun et, plus largement, d’une Afrique centrale dynamique.
En réédition ces archives sonores, notamment celles d’artistes comme Ngalle Jojo, on participe à la valorisation d’un patrimoine immatériel africain. C’est un acte de résistance culturelle et de mémoire, en accord avec les initiatives continentales de préservation. La Charte africaine de la Renaissance culturelle, adoptée par l’Union africaine, souligne justement l’importance de documenter et de célébrer la production artistique du continent.
Enjeux d’accès et de numérisation
La disponibilité renouvelée de Na Bo Ndedi soulève aussi la question cruciale de l’accessibilité. Longtemps, les musiques d’Afrique centrale ont souffert de circulations limitées, fragmentées entre pressages vinyle épuisés, bootlegs informels et archives privées. Les plateformes de streaming et les rééditions label participent à démocratiser cet accès — à condition que les royalties bénéficient aux artistes et ayants droit.
Pour Fameen News, cette réédition incarne un enjeu plus large : celui de l’économie créative africaine. Les musiciens, producteurs et maisons de disques du continent doivent pouvoir monétiser dignement leur travail, via des accords justes avec les distributeurs, une meilleure rémunération en streaming et une protection adaptée de la propriété intellectuelle — domaines où la CEDEAO et les États membres continuent de progresser.
Un appel à redécouvrir l’héritage
La résurrection de Ngalle Jojo ne relève pas de la nostalgie stérile. Elle invite plutôt les producteurs, chercheurs et mélomanes africains à explorer les archives du continent, à identifier les talents oubliés et à construire une narration plus inclusive de l’histoire musicale africaine. Douala, Lagos, Kinshasa, Dakar : chacune de ces métropoles recèle des trésors documentaires attendant redécouverte.
Avec Na Bo Ndedi à nouveau sur le marché, c’est un rappel : l’Afrique fabrique de la beauté, de l’innovation et de la culture depuis longtemps. Il suffit parfois de rééditer le passé pour inspirer l’avenir.





