La musique africaine traverse les frontières et les générations. Elle unit les peuples de la région, de la Guinée au Sénégal, de la Côte d’Ivoire au Mali. C’est cette force unificatrice que Mory Touré, figure historique du paysage musical ouest-africain, continue de porter à travers son témoignage et sa passion de passeur.
Ancien disquaire en Côte d’Ivoire, Touré incarne une époque où le vinyle et la cassette étaient bien plus que des supports : ils étaient des vecteurs de culture, d’identité et de lien social. Son engagement pour la préservation et la valorisation des classiques musicaux africains s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance du patrimoine culturel continental — une priorité affichée par l’Union africaine et relayée par les initiatives de coopération culturelle au sein de la CEDEAO.
Un passeur de mémoire musicale
Touré partage ses souvenirs de disquaire avec une perspective unique : celle de qui a vécu l’âge d’or de la musique ouest-africaine, en première ligne. À travers ses récits, il redonne vie aux tubes intemporels qui ont bercé des générations entières. Ces œuvres, souvent méconnues des plus jeunes, constituent pourtant un trésor identitaire pour toute la région — des hymnes à la danse, à l’amour, à la résistance et à la fierté africaines.
Cette démarche répond à un enjeu contemporain majeur : comment transmettre l’héritage musical africain dans un contexte où les algorithmes des plateformes numériques fragmentent l’accès au répertoire ? Comment s’assurer que les générations futures connaissent les artistes qui ont forgé l’identité culturelle du continent ?
Musique et intégration régionale
La valorisation des classiques musicaux africains dépasse la nostalgie : elle est un levier d’intégration régionale. La CEDEAO, l’espace commun de quinze États ouest-africains, reconnaît la culture comme dimension essentielle de l’intégration. Musique, danse et patrimoine immatériel facilitent la compréhension mutuelle, réduisent les distances politiques et renforcent le sentiment d’appartenance à un ensemble régional.
Les initiatives comme celle de Touré illustrent comment les acteurs culturels — disquaires, musiciens, archivistes, documentaristes — jouent un rôle clé dans cette cohésion. En Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, des voix s’élèvent pour sauvegarder et promouvoir ce patrimoine musical qui constitue un bien commun ouest-africain.
L’urgence de la préservation numérique
À l’ère du streaming et des réseaux sociaux, la conservation du répertoire musical africain devient cruciale. Les archives sonores, souvent dispersées ou détériorées, risquent de disparaître. Des projets régionaux de numérisation et de catalogage, soutenus par des institutions comme l’UNESCO et des partenaires culturels, tentent de combler ce vide. Mory Touré, par son témoignage vivant, contribue à cette urgence de transmission — il est lui-même une archive vivante.
Dynamique continentale et perspective africaine
Au-delà de l’Afrique de l’Ouest, cette dynamique de valorisation du patrimoine musical s’inscrit dans une vision panafricaine. L’Agenda 2063 de l’Union africaine place la culture au cœur du développement durable et de l’identité continentale. Reconnaître les classiques musicains africains, c’est aussi affirmer la dignité et l’excellence de la création africaine — une affirmation indispensable dans un contexte où la culture occidentale domine encore largement les plateformes globales.
Le travail de passeur de Mory Touré, modeste en apparence, répond ainsi à des enjeux majeurs : préservation, transmission, intégration régionale et affirmation d’une excellence culturelle africaine durable.



