La Côte d’Ivoire fait face à une recrudescence préoccupante de l’orpaillage illégal. Malgré le démantèlement de milliers de sites clandestins au cours des cinq dernières années, l’exploitation non réglementée de l’or continue de s’étendre sur le territoire ivoirien, selon une évaluation du Conseil national de sécurité communiquée en juillet 2026.
Ce constat marque une inflexion majeure dans la stratégie de sécurité du pays. Les autorités ivoiriennes, conscientes de l’ampleur du phénomène, annoncent un renforcement significatif de leurs mesures de lutte. Cette intensification répond à une menace jugée « fortement préoccupante » par les instances décisionnelles nationales.
Un phénomène aux racines profondes
L’orpaillage illégal, qui combine extraction minière informelle et contrebande, représente bien plus qu’un simple enjeu de conformité réglementaire. En Afrique de l’Ouest, où la Guinée voisine connaît des défis similaires, cette activité génère des externalités négatives majeures : dégradation environnementale, financement potentiel de réseaux criminels et perte de revenus fiscaux pour l’État.
Les sites clandestins opèrent souvent dans des zones reculées, en marge du contrôle institutionnel. Ils attirent des travailleurs précaires, offrent des rendements rapides mais non durables, et échappent à toute fiscalité. Pour les jeunes sans emploi dans les zones rurales, l’orpaillage illégal représente parfois une source de revenus immédiate, même au détriment de la légalité et de la sécurité personnelle.
Bilan mitigé des efforts antérieurs
Le démantèlement de milliers de sites depuis 2021 illustre un effort gouvernemental réel. Toutefois, ce bilan chiffré ne peut masquer une réalité : à chaque site fermé, d’autres réémergent ailleurs. Cette dynamique suggère une lutte contre les symptômes plutôt que contre les causes structurelles : pauvreté, manque d’alternatives économiques, et demande internationale persistante pour l’or.
Ce phénomène n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Plusieurs pays africains producteurs d’or — Burkina Faso, Mali, Sénégal — confrontent les mêmes défis. Les solutions qui émergent dans la région combinent répression, formalisation progressive et diversification économique des zones minières.
Vers une stratégie d’envergure
Le durcissement annoncé par Abidjan doit s’accompagner de mesures structurantes. Parmi les pistes identifiées par les experts régionaux : renforcement des capacités de contrôle aux frontières, implication des collectivités locales dans l’identification et le signalement des sites, programmes d’insertion professionnelle dans les zones affectées, et dialogue avec les acheteurs d’or pour tracer et certifier l’origine du métal.
Une approche efficace reconnaît que l’orpaillage illégal prospère sur le vide institutionnel et économique. La formalisation progressive de certaines activités, encadrée par des standards environnementaux et sociaux, pourrait détourner une part de l’activité vers des circuits régulés.
Enjeux régionaux et opportunités
La lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire s’inscrit dans une dynamique régionale. Une coordination accrue entre les pays de l’Afrique de l’Ouest, notamment à travers l’UEMOA et la CEDEAO, renforcerait les frontières communes et limiterait les déplacements de ces activités d’un pays à l’autre.
Au-delà de la sécurité, cet enjeu touche la souveraineté économique et l’intégrité de l’industrie aurifère. Une Côte d’Ivoire capable de maîtriser son secteur minier — tant formel que informel — renforce sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels et consolide sa base fiscale pour financer le développement.
Les mois à venir montreront si le renforcement annoncé produit des résultats durables ou devient un énième cycle de répression-réémergence. Le succès dépendra de la capacité des autorités à allier fermeté coercitive et construction d’alternatives viables pour les populations concernées.



