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Afrique de l'Ouest

Niger : trois ans après le tournant du 26 juillet 2023, le général Tiani revendique une rupture avec le passé colonial

Le général Abdourahmane Tiani, au pouvoir depuis le coup d'État de juillet 2023, qualifie le passé régime nigérien de « colonie française ». Trois ans plus tard, le Niger s'inscrit dans une rupture géopolitique régionale majeure, quittant la CEDEAO aux côtés du Mali et du Burkina Faso.

Niger : trois ans après le tournant du 26 juillet 2023, le général Tiani revendique une rupture avec le passé colonial

Le 26 juillet 2026, le Niger a marqué le troisième anniversaire du changement de régime intervenu en 2023. À cette occasion, le général Abdourahmane Tiani, chef de l’État depuis le coup d’État militaire, a prononcé des déclarations fortes sur la trajectoire du pays, affirmant que « le Niger était une colonie française jusqu’au 26 juillet 2023 ».

Cette formulation, volontairement provocatrice, résume la vision que porte l’actuelle junte nigérienne sur le passé récent du pays : une dépendance politique, économique et militaire envers la France, incarnée par le régime précédent. Le 26 juillet 2023 marque donc, aux yeux du gouvernement militaire, une date charnière — celle d’une affirmation de souveraineté nationale.

Un changement de cap régional et continental

Depuis trois ans, le Niger s’inscrit dans une dynamique de rupture avec ses anciens partenaires occidentaux. Le pays a progressivement consolidé ses liens avec la Russie, notamment via le groupe Wagner (devenu Africa Corps), et a renforcé ses relations avec d’autres acteurs régionaux. Cette réorientation s’accompagne d’un discours de réaffirmation de l’indépendance et de la dignité nationales.

Sur le plan régional, cette posture a des implications majeures pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Niger, membre fondateur de l’organisation depuis 1975, a vu ses relations avec l’institution se tendre. En février 2024, la junte nigérienne a annoncé le retrait du pays de la CEDEAO, rejoint rapidement par le Mali et le Burkina Faso — trois pays sous contrôle militaire partageant une vision commune de réalignement géopolitique.

Ce départ du bloc régional interroge les équilibres continentaux. La CEDEAO, pilier de l’intégration ouest-africaine, perd ainsi trois de ses quinze États membres, fragilisant son influence sur les enjeux de sécurité, de stabilité démocratique et de libre circulation des biens et des personnes dans la sous-région.

Une question de légitimité et de souveraineté

Le discours du général Tiani joue sur une corde sensible en Afrique de l’Ouest et au-delà : la question de la souveraineté réelle des États post-coloniaux. En Guinée, pays voisin dirigé par un gouvernement de transition militaire depuis septembre 2021, cette thématique résonne particulièrement. Les autorités guinéennes, tout comme celles du Mali et du Burkina Faso, invoquent régulièrement la nécessité de reprendre le contrôle des ressources naturelles et des décisions stratégiques.

Cependant, cette rhétorique de rupture masque des réalités complexes. La dépendance aux importations alimentaires, l’absence de capacités militaires et de sécurité autonomes, ainsi que les besoins en investissements infrastructurels, demeurent des défis structurels que seul le renforcement des institutions et des alliances multilatérales peut résoudre.

Vers une Afrique plus autonome ?

Le discours porté par Niamey s’inscrit dans une mouvance plus large d’affirmation des souverainetés africaines. L’Union africaine et diverses initiatives continentales promeuvent une intégration endogène, réduisant la dépendance envers les anciens puissances coloniales. Le pari du Niger — et de ses voisins en transition — est de parier sur des partenariats diversifiés et une réorientation des économies vers l’autosuffisance.

Les trois prochaines années seront décisives : montreront-elles une véritable amélioration des conditions de vie, de la sécurité et de la stabilité ? Ou révéleront-elles les limites d’une rupture sans vision socio-économique crédible ? C’est à cette aune que se mesurera la pertinence du tournant du 26 juillet 2023.

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La rédaction de Fameen News

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