Le tourisme représente un potentiel économique considérable pour l’Afrique de l’Ouest, pourtant largement sous-exploité par les politiques régionales. C’est le constat que formule Racine Sy, expert du secteur touristique, appelant les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à placer le tourisme au cœur de leurs stratégies d’intégration économique.
Un secteur fragmenté, une région divisée
Aujourd’hui, le tourisme en Afrique de l’Ouest fonctionne largement en silos nationaux. Chaque État développe sa propre offre, fixe ses propres règles d’entrée, et peu de mécanismes régionaux facilitent la mobilité des touristes entre les pays. Cette fragmentation freine l’attractivité globale de la région et limite les retombées économiques potentielles.
La Guinée, dotée de ressources touristiques remarquables — îles de Loos, forêts de Kindia, patrimoine culturel diversifié — reste ainsi relativement isolée du circuit touristique régional. Les visiteurs qui arrivent en Guinée ont peu d’incentifs à visiter les destinations voisines au Sénégal, en Sierra Leone ou en Côte d’Ivoire, et inversement.
Intégration touristique : un multiplicateur économique
Intégrer le tourisme aux politiques de la CEDEAO signifierait harmoniser certains cadres réglementaires, faciliter la circulation des touristes via des visas régionaux harmonisés, et créer des circuits touristiques transfrontaliers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les analyses du secteur, une meilleure connectivité touristique régionale pourrait augmenter significativement les recettes touristiques nationales et générer des emplois directs et indirects.
Pour les petites et moyennes entreprises touristiques — hôtels, agences de voyage, restaurateurs, transporteurs — une région intégrée offrirait un marché bien plus large et des chaînes de valeur plus robustes. Un hôtel à Kindia pourrait accueillir des tours organisés incluant le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Les artisans locaux auraient accès à davantage de clients.
Emplois, revenus et développement local
Le tourisme reste l’un des rares secteurs véritablement créateurs d’emplois en Afrique de l’Ouest — emplois d’hôtellerie, de guides, de transport, de culture et d’animation. Une intégration régionale renforcerait ces opportunités, particulièrement pour les jeunes et les femmes entrepreneurs.
Concrètement, cela signifie aussi des revenus fiscaux supplémentaires pour les États. À titre de comparaison, en Afrique du Sud ou au Kenya, le tourisme régional et international représente une part importante du PIB et des revenus gouvernementaux. L’Afrique de l’Ouest dispose de ressources similaires, mais une coordination reste nécessaire.
Des obstacles à surmonter
Les défis ne manquent pas : différences d’infrastructure, d’instabilité sécuritaire dans certaines zones, capacités hôtelières inégales, et absence de stratégie commune. Cependant, ces obstacles ne sont pas insurmontables. D’autres régions du continent — le Maroc, la Tanzanie, le Rwanda — montrent qu’une gouvernance touristique efficace peut transformer le secteur en moteur de croissance.
Un appel à l’action
Le plaidoyer en faveur d’une intégration touristique ouest-africaine s’inscrit dans une logique plus large : celle de l’Accord de libre-échange continental africain (AfCFTA) et de l’approfondissement de l’intégration régionale. Le tourisme, souvent considéré comme un secteur annexe, mérite d’être traité comme un pilier économique stratégique.
Pour la Guinée et ses voisins, cela pourrait signifier des années de croissance inclusive, pourvu que les gouvernements, le secteur privé et la CEDEAO agissent conjointement. Le potentiel est là. La question est : comment le mobiliser ?





