Le Togo, autrefois producteur de coton significatif en Afrique de l’Ouest, espérait un redressement durable lorsque le groupe singapourien Olam a investi dans sa filière en 2018 via sa branche Olam Agri. Six ans plus tard, les résultats restent mitigés : bien que la dernière campagne ait affiché un rendement historique frôlant les 1 tonne à l’hectare, la filière ne décolle pas durablement.
Cette situation pose des questions plus larges sur la capacité des grands groupes agricoles internationaux à transformer les secteurs vivrières des petites économies ouest-africaines, particulièrement la Guinée voisine où le coton revêt aussi une importance stratégique.
Un rendement record qui ne suffit pas
Le rendement affiché lors de la dernière campagne – proche de 1 tonne à l’hectare – représente une performance technique indéniable. Pour contexte, les rendements moyens en Afrique de l’Ouest oscillent généralement entre 0,6 et 0,8 tonne à l’hectare. Ce chiffre atteste de gains en agronomie, sélection de semences et encadrement technique.
Cependant, un bon rendement ne suffit pas à redresser une filière fragmentée. Les défis structurels du coton togolais dépassent largement l’agronomie : accès au crédit, infrastructures de collecte, chaînes d’approvisionnement en intrants, prix mondiaux volatiles, et concurrence féroce d’autres bassins cotonniers africains.
Les obstacles invisibles d’une filière sous pression
Le secteur cotonnier togolais hérédite de décennies de désorganisation. La production a chuté drastiquement depuis les années 1980-1990, quand le Togo était un acteur régional respecté. Restaurer la confiance des petits exploitants, améliorer les rendements de leurs champs individuels (souvent plus bas que les démonstrations) et professionnaliser la commercialisation exigent des années d’investissement continu.
Olam, bien que disposant de moyens importants, doit naviguer un contexte complexe : tensions foncières, volatilité des prix mondiaux du coton (liée aux politiques des grands producteurs comme les États-Unis), concurrence intra-régionale du Mali et du Burkina Faso, et difficultés logistiques pour exporter depuis le Togo.
Leçons pour l’Afrique de l’Ouest
L’expérience togolaise offre des enseignements pour la Guinée et d’autres pays aspirant à revitaliser leur filière coton. Un partenariat avec un investisseur international n’est pas une solution magique ; il doit s’accompagner de réformes institutionnelles, d’investissements publics en infrastructure, et d’une réelle autonomisation des producteurs locaux.
Pour que Olam ou d’autres groupes réussissent à terme, il faut : renforcer les organisations de producteurs, améliorer l’accès au financement agricole, développer les capacités de stockage et de transformation locale, et créer des conditions fiscales et de sécurité attrape-investissements durables.
L’enjeu reste stratégique
Le coton demeure un levier économique important pour le Togo et l’Afrique de l’Ouest : source de revenus pour des dizaines de milliers d’exploitants, matière première pour l’industrie textile régionale, et atout d’exportation. Redresser durablement cette filière exige patience, vision long terme et coopération publique-privée solide.
Les rendements records de 2024 ne sont qu’un début. Le vrai redressement se mesurera par la durabilité : augmentation progressive et stable des revenus agricoles, satisfaction des exploitants, et pérennité de l’investissement privé au service des communautés locales.



