Au cœur des défis sanitaires africains, une solution logicielle prend forme au Togo : unifier et fluidifier le parcours médical du patient, de son admission à la pharmacie. C’est le pari d’un entrepreneur atypique, médecin de formation et informaticien de cœur, qui construit une infrastructure numérique destinée aux établissements de santé en quête de modernisation.
Waliyou Salifou, cofondateur et directeur général de Silina, incarne une tendance croissante en Afrique de l’Ouest : des professionnels du secteur sanitaire qui conçoivent eux-mêmes les outils technologiques manquants. Cette double compétence — médicale et informatique — lui permet de comprendre précisément les blocages opérationnels des hôpitaux et de proposer des solutions ancrées dans la réalité du terrain.
Un problème concret : la fragmentation des données médicales
Dans beaucoup d’établissements de santé en Afrique subsaharienne, les informations du patient restent cloisonnées. Une admission génère un dossier, la consultation un autre, la pharmacie une troisième source de données — souvent sur papier ou dans des systèmes déconnectés. Cette fragmentation ralentit les diagnostics, augmente les risques d’erreurs médicales et surcharge le personnel administratif.
Silina propose une centralisation de ces flux. L’objectif : permettre à chaque professionnel de santé — médecin, infirmier, pharmacien — d’accéder en temps réel aux informations pertinentes du patient, tout en sécurisant les données sensibles. Un enjeu critique pour la qualité des soins, en particulier dans les pays où l’infrastructure médicale est en développement.
Un modèle d’affaires tourné vers les hôpitaux et cliniques
La cible de Silina est claire : les établissements de santé publics et privés du Togo et d’Afrique de l’Ouest qui cherchent à moderniser leur gestion administrative et médicale sans investir dans une infrastructure IT coûteuse et compliquée. Le logiciel fonctionne selon un modèle de souscription, rendant l’accès plus accessible aux structures de taille moyenne.
Cette approche répond à une réalité économique : peu d’hôpitaux africains disposent des ressources pour déployer des solutions informatiques monolithiques. Une plateforme modulaire, adaptable et abordable correspond mieux à leurs besoins et budgets réels.
Enjeux plus larges : qualité, efficacité, conformité
Au-delà de la simplification administrative, l’intérêt stratégique est triple. D’abord, améliorer la qualité et la sécurité des soins en réduisant les erreurs liées à la perte ou la duplication d’informations. Ensuite, gagner en efficacité opérationnelle — moins de temps perdu à chercher des dossiers, plus de temps à soigner. Enfin, faciliter la conformité réglementaire et la collecte de données épidémiologiques, essentielles pour la santé publique.
Pour la Guinée et les pays voisins, ce modèle représente une opportunité. Peu de startups santé africaines proposent des solutions verticales aussi ciblées. L’expansion de Silina dans la région pourrait servir de catalyseur à d’autres initiatives de numérisation des établissements de santé.
Les défis de la route
Reste à valider à grande échelle : l’adoption par les utilisateurs finaux, la robustesse de la plateforme dans des environnements où la connectivité est inégale, et la capacité à générer un modèle économique viable. La concurrence internationale grandit aussi dans cet espace.
Néanmoins, l’émergence d’entrepreneurs comme Waliyou Salifou — qui allient expertise métier et compétences technologiques — illustre une dynamique positive : l’Afrique produit de plus en plus ses propres solutions de santé numérique, plutôt que de dépendre entièrement d’importations étrangères. Un progrès discret mais structurant.



