En Région de Sédhiou, au Sénégal, 244 enseignants des classes préscolaires communautaires (CPC) dénoncent leur exclusion d’un recensement officiel destiné aux animateurs polyvalents bénévoles. Cette situation révèle les tensions chroniques autour de la reconnaissance du travail éducatif non formel en Afrique de l’Ouest, particulièrement dans les zones rurales où le secteur communautaire palllie les carences de l’éducation publique.
Le cœur du différend : une reconnaissance administrative défaillante
Les enseignants des CPC affirment remplir des fonctions comparables à celles des animateurs polyvalents bénévoles, notamment l’encadrement pédagogique et l’animation communautaire. Cependant, le processus de recensement qui devait intégrer ces acteurs ne les aurait pas inclus, créant un fossé administratif malgré leur contribution quotidienne à l’éducation préscolaire.
Cette exclusion soulève des questions fondamentales : comment les États d’Afrique de l’Ouest définissent-ils et reconnaissent-ils le travail éducatif communautaire ? Quel statut accordent-ils à ces intervenants ? Ces enseignants, souvent issus des communautés locales, jouent pourtant un rôle crucial dans l’accès à l’éducation en zones rurales et périurbaines, où les infrastructures publiques restent limitées.
L’éducation préscolaire communautaire : pilier invisible du secteur
Au Sénégal comme dans plusieurs pays de la CEDEAO, les classes préscolaires communautaires constituent un maillon essentiel du système éducatif informel. Elles accueillent des enfants de 3 à 6 ans, souvent en l’absence d’écoles maternelles publiques suffisantes. Ces structures, gérées localement et avec des moyens limités, permettent une préparation à l’école primaire et un apprentissage précoce du français.
Le personnel de ces CPC travaille généralement sans contrats formels, avec une rémunération minimale ou aléatoire, et bénéficie rarement de formation continue ou d’avantages sociaux. Leur situation incarne la fragilité institutionnelle du secteur non formel en Afrique de l’Ouest.
Des enjeux d’intégration régionale et de politique sociale
Cette affaire illustre un défi plus large dans l’espace CEDEAO : l’harmonisation des politiques d’emploi et de protection sociale pour les travailleurs du secteur éducatif informel. Comment les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest peuvent-ils mieux valoriser et formaliser ces emplois tout en maintenant la flexibilité et l’ancrage communautaire du modèle ?
Le Sénégal, acteur clé de la régionalisation de l’éducation en Afrique, est régulièrement cité comme innovateur dans les politiques éducatives. Cette situation à Sédhiou teste son engagement envers l’équité et la reconnaissance de tous les acteurs du système éducatif.
Vers une solution : formaliser sans bureaucratiser
Les 244 enseignants demandent d’abord une clarification : veulent-ils être intégrés au programme d’animateurs bénévoles, ou sollicitent-ils une reconnaissance de leur statut distinct ? Cette distinction est capitale. Une solution passe probablement par :
- Un diagnostic précis des fonctions effectivement exercées par les CPC ;
- Une révision des critères d’éligibilité au programme national ;
- Une concertation directe avec les représentants des enseignants ;
- Une réflexion plus large sur le cadre légal de l’emploi dans l’éducation non formelle.
Pour l’Afrique de l’Ouest, un continent où 60 % des enfants en âge préscolaire n’ont accès à aucun programme d’apprentissage, reconnaître et soutenir les acteurs locaux du secteur communautaire est un impératif stratégique. Les gouvernements et les institutions régionales doivent investir dans cette reconnaissance, transformant un problème administratif en opportunité de renforcement du système éducatif.
La situation de Sédhiou sera donc à suivre comme baromètre de la volonté politique du Sénégal et, plus largement, de la CEDEAO, à valoriser l’éducation de base pour tous.



