Le choix de Bamako comme première destination officielle du nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, dix jours seulement après son investiture à la tête de la Cedeao, n’est pas un geste anodin. Ce déplacement diplomatique esquisse les contours d’un nouvel équilibre politique en Afrique de l’Ouest, un dégel progressif entre l’organisation régionale et les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali est un pilier.
Une Cedeao en quête de légitimité
Depuis plusieurs années, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest traverse une crise de confiance. Le départ du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso — trois États clés de la région — a fragilisé l’organisation. Ces trois nations ont choisi de se retirer de la Cedeao pour former l’AES, remettant en question la pertinence et l’autorité de l’institution régionale historique.
En prenant les rênes de la Cedeao, Bassirou Diomaye Faye hérite donc d’une organisation affaiblie, confrontée à des défis majeurs : relégitimation auprès de ses membres, dialogue avec les États dissidents, et redéfinition de son rôle face aux nouvelles configurations géopolitiques du continent.
Mali : le cœur de la nouvelle géopolitique sahélienne
Le Mali, sous la direction d’Assimi Goïta, s’est imposé comme un acteur de plus en plus autonome et influent dans les dynamiques de sécurité et de gouvernance du Sahel. La visite de Faye à Bamako symbolise une reconnaissance de ce poids politique, mais aussi une tentative de reconstruction des liens entre la Cedeao et un État stratégique, tant sur le plan géostratégique que sécuritaire.
Cette rencontre intervient alors que les questions de terrorisme, de migrations forcées et de stabilité restent des enjeux partagés par toute la région. Un Mali isolé de la Cedeao complique la coordination face à ces défis transnationaux.
Enjeux pour la Guinée et la stabilité régionale
Pour la Guinée, ce rapprochement présente des dimensions multiples. D’abord, comme membre sortant de la Cedeao, la Guinée observe comment l’organisation s’adapte à sa propre absence. Ensuite, les dynamiques de sécurité au Mali impactent directement les frontières guinéennes et la situation dans toute la région du Sahel.
Un dégel diplomatique entre Dakar et Bamako pourrait ouvrir des canaux de dialogue plus larges, bénéficiant à l’ensemble du bloc ouest-africain. Cela inclut la Guinée, dont la stabilité interne et externe dépend d’une région apaisée et d’institutions régionales fonctionnelles.
Vers une Cedeao réinventée ?
Le geste de Faye traduit une stratégie : plutôt que de confronter les États sortants, engager le dialogue. Cette approche pragmatique pourrait gradullement restaurer la confiance, même si un retour à la situation ante quo ante (avant le départ du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso) demeure improbable.
La question sous-jacente est celle de la réforme institutionnelle de la Cedeao. Une organisation régionale pertinente doit s’adapter aux réalités géopolitiques de ses membres, respecter leur souveraineté et offrir une valeur ajoutée claire en matière de sécurité, d’intégration économique et de bonne gouvernance.
Les prochains rendez-vous
Ce rapprochement sera testé par les dossiers concrets : dossiers sécuritaires partagés, circulation des personnes et des biens, harmonisation des politiques monétaires (question cruciale dans une région fragmentée en deux zones de change). La viabilité politique du dégel dépendra de sa traduction en résultats tangibles pour les populations et les économies concernées.
L’Afrique de l’Ouest entre dans une phase de recomposition. Le leadership de Faye aura-t-il l’énergie et les moyens de bâtir une nouvelle architecture régionale, plus inclusive et plus légitime ? Réponse dans les mois à venir.





