La Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) franchit une étape significative dans sa stratégie environnementale : en 2026, elle compte réhabiliter et reboiser 88 hectares de terres dégradées dans la région de Sangarédi. Un engagement qui dépasse le strict respect réglementaire et dessine un modèle d’exploitation minière associée à la restauration écologique.
Une mine face à l’impératif de l’après-extraction
L’exploitation minière en Guinée, moteur économique majeur du pays, laisse derrière elle des cicatrices paysagères. Sangarédi, bastion historique de l’extraction de bauxite, concentre cette tension : richesse créée et terres transformées. La CBG, l’un des trois principaux producteurs de bauxite du pays, ne peut ignorer cette réalité. Son programme annuel de réhabilitation — lancé officiellement en août 2026 sous la direction du Directeur général Maître Karifa Condé — répond à une double nécessité : honorer les obligations environnementales et préserver l’acceptabilité sociale des opérations minières dans les communautés locales.
Les 88 hectares visés pour 2026 ne représentent qu’une partie du défi : la question porte sur la continuité, la qualité et l’impact réel de ces travaux sur les écosystèmes et les modes de vie locaux.
Reboiser : au-delà du geste symbolique
Le reboisement ne se réduit pas à planter des arbres. En Guinée, où la déforestation s’accélère et où les terres dégradées réduisent la fertilité agricole, la reforestation est une question de subsistance rurale. Les populations de Sangarédi, principalement agriculteurs et éleveurs, dépendent directement de l’état des sols et de la couverture végétale. Un programme crédible de restauration crée un espace d’intérêt commun entre l’opérateur minier et les habitants : les arbres replantés peuvent servir de pare-feu contre l’érosion, constituer une ressource à terme (bois, fruits) et recréer des microclimats favorables.
L’enjeu est que ces 88 hectares restent vivants et ne se réduisent pas à une façade cosmétique avant que l’entreprise ne se désintéresse de son engagement.
Le modèle en question : qui vérifie, qui paie, qui bénéficie ?
En Afrique, les promesses environnementales des entreprises minières sont légion ; leur suivi, bien moins systématique. Pour que le programme de la CBG devienne une référence — pas un exemple parmi tant d’autres d’engagements non tenus — trois questions méritent une réponse publique :
- Qui contrôle le respect des objectifs annuels ? Les autorités de tutelle, les collectivités locales, un tiers indépendant ?
- Comment les habitants de Sangarédi participent-ils à la sélection des zones à réhabiliter et à la gestion des terrains replantés ?
- Quel coût réel cela représente-t-il dans le budget opérationnel de la CBG, et cela modifie-t-il ses marges de rentabilité ?
Une ouverture régionale
La Guinée est confrontée à une urgence de durabilité : concilier une dépendance économique à l’exploitation minière avec la préservation d’un capital environnemental essentiel. Si la CBG parvient à institutionnaliser son programme de réhabilitation — le rendre mesurable, transparent, bénéfique aux communautés — elle offrirait un prototype transposable à d’autres opérateurs et à d’autres gisements du pays. C’est cette démonstration que le secteur minier guinéen attend.
Les 88 hectares de 2026 ne sont que le début. L’important est ce qui en découle : un ancrage durable de la responsabilité environnementale dans l’ADN des opérations, et une preuve que profit et restauration écologique peuvent coexister — plutôt que s’exclure.





