Le football amateur sénégalais vient de frôler un incident diplomatique régional. À quelques semaines des phases nationales de l’ONCAV 2026, prévues à Fatick, le président du Casa-Sport a dû intervenir en personne pour garantir la participation des cinq équipes de Ziguinchor — et éviter de justesse un boycott de l’ASC Belfort, l’un des clubs les plus importants de la région.
Une mobilisation de dernière minute
La tension était palpable : sans un appui financier direct du Casa-Sport, les délégations cassamançaises auraient décliné l’invitation aux phases nationales, privant la compétition d’une région clé du football amateur ouest-africain. Le geste du président du club historique de Ziguinchor a permis de débloquer la situation et de confirmer la présence des cinq équipes engagées de la région.
Cette mobilisation illustre un enjeu souvent invisible : le financement des déplacements pour les compétitions nationales. Entre frais de transport, d’hébergement et de logistique, les clubs de régions éloignées du centre du pays se heurtent régulièrement à des obstacles budgétaires qui menacent leur participation. Ziguinchor, à plus de 300 kilomètres de Dakar, ne fait pas exception.
L’ONCAV, creuset du football populaire
Les Navétanes — ces compétitions de football amateur organisées par l’ONCAV (Office national de coordination des activités de la jeunesse) — occupent une place singulière dans l’écosystème sportif sénégalais et ouest-africain. Elles capillarisent le talent jusqu’aux villages, créent des vocations et alimentent régulièrement les effectifs des clubs professionnels. Les phases nationales sont l’aboutissement de mois de compétition locale et un moment crucial pour les régions de montrer leur force collective.
Que cinq équipes d’une région entière risquent d’être absentes des phases nationales aurait été un symbole mauvais : celui d’une inégalité croissante entre centre et périphérie, entre clubs bien dotés et clubs ruraux ou régionaux.
Le rôle joué par les clubs influents
L’intervention du Casa-Sport soulève une question plus large : la responsabilité sociale des clubs structurés envers l’écosystème régional. En intervenant, le président du Casa-Sport n’a pas seulement sauvé cinq équipes — il a préservé un principe de compétition inclusive et rappelé que les clubs influents peuvent servir de stabilisateurs régionaux.
Ce type de mobilisation, bien que ponctuelle, met aussi en lumière l’insuffisance du financement institutionnel des phases nationales de l’ONCAV. Si des clubs de prestige doivent intervenir directement pour éviter l’effondrement de la participation, c’est que le système de soutien public ou fédéral manque de robustesse.
Ce qui se joue à Fatick
Les phases nationales 2026 offriront une tribune à ces cinq délégations ziguinchoroise. Mais l’enjeu dépasse le simple déroulé sportif : c’est la crédibilité du format lui-même et sa capacité à intégrer réellement toutes les régions du Sénégal qui se dessinent. Que deviendra ce mouvement si chaque édition nationale exige l’intervention de bienfaiteurs ponctuels ?
La Guinée, comme d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, connaît des défis comparables : garantir que le football amateur reste accessible aux régions périphériques et que les compétitions nationales incarnent réellement l’unité sportive du pays.
L’action du Casa-Sport a sauté l’obstacle immédiat. Les phases nationales de Fatick se dérouleront avec la participation cassamançaise. Reste à savoir si ce précédent inspirera une réflexion plus structurelle sur le financement du football amateur dans la région — et sur le continent.




