La Banque du Ghana a enregistré 1,7 milliard de dollars de pertes en 2025 sur ses achats d’or domestique, selon un rapport du Fonds monétaire international. Un chiffre qui met en lumière les risques d’une politique de constitution de réserves mal calibrée — et pose des questions urgentes aux autres autorités monétaires du continent.
Un programme d’achat devenu très coûteux
Le programme « Achat d’or domestique » du Ghana, opéré via la structure GoldBod, visait un objectif louable : augmenter les réserves en devises de la banque centrale en valorisant la production aurifère nationale. Or, l’exécution a révélé des failles majeures. Les pertes de 1,7 milliard de dollars en une seule année suggèrent des achats réalisés à des prix sensiblement supérieurs aux cours du marché international, ou une gestion inadéquate du calendrier de ces acquisitions.
Ce n’est pas un phénomène mineur : pour contextualiser, ce montant équivaut approximativement à 7 % du produit intérieur brut du Ghana en 2024. Les impacts cascades affectent directement l’équilibre budgétaire et la capacité de remboursement de la dette.
Quand les réserves d’or deviennent un gouffre budgétaire
Les banques centrales achètent de l’or pour trois raisons : stabiliser leur monnaie, diversifier les réserves et accroître leur crédibilité internationale. Mais cette logique n’a de sens que si l’achat se fait à prix compétitif et que l’or est stocké de manière sécurisée sans coûts parasites.
Au Ghana, les pertes massives pointent vers plusieurs problèmes possibles : des surcoûts d’acquisition, des frais de raffinage et de stockage mal estimés, ou une volatilité des prix non maîtrisée. Le Fonds monétaire international, qui a documenté ces chiffres, recommande habituellement une plus grande transparence et une discipline accrue dans la gestion des réserves — autant de signaux d’alerte pour les autres autorités monétaires africaines.
Les leçons pour l’Afrique de l’Ouest
La Guinée, la Côte d’Ivoire et d’autres producteurs d’or du continent ont intérêt à observer cette situation. Plusieurs banques centrales africaines réfléchissent à des programmes similaires, motivées par une volonté de rapatrier la valeur de leurs richesses naturelles. Mais l’exemple ghanéen montre que l’intention ne suffit pas : il faut une gestion rigoureuse, des prix de référence transparents et des mécanismes de contrôle indépendants.
En Guinée, où la production d’or représente une part significative de la richesse nationale, une telle mésaventure aurait des répercussions encore plus profondes. L’écosystème bancaire et budgétaire national est plus fragile, et une ponction de 1,7 milliard de dollars sur les réserves constituerait une catastrophe macro-économique.
Les conséquences pour les citoyens et les entreprises
Ces pertes affectent le financement public des services essentiels : santé, éducation, infrastructure. Elles réduisent également la marge de manœuvre de la banque centrale pour soutenir le cedi en cas de crise de change. Pour les entreprises, cela signifie une liquidité plus serrée, des taux d’intérêt bancaires plus élevés et une volatilité accrue des devises.
Sur le marché des changes, une banque centrale affaiblie par des pertes massives perd de la crédibilité et du pouvoir d’intervention. Le secteur privé en paie le prix : les emprunts en devises deviennent plus coûteux, les investissements directs étrangers moins attrayants.
Ce qu’il faut surveiller
Le rapport du Fonds monétaire international devrait inciter les autorités ghanéennes à revoir les paramètres du programme et à renforcer la gouvernance. Pour les investisseurs et les décideurs africains, c’est un rappel : les réserves d’or ne sont pas une potion magique. Elles ne valent que si elles sont gérées avec discipline, aux prix du marché et avec une comptabilité irréprochable.
La question maintenant : le Ghana ajustera-t-il son approche, et d’autres États du continent en tireront-ils les enseignements nécessaires avant de lancer leurs propres programmes ?




